Histoire du Mexique

LES CHICHIMÈQUES

« Le premier peuple... »

Il n'y a jamais eu d'empire assez vaste pour couvrir et dominer entièrement le Mexique... avant la conquête des Espagnols. De nombreux peuples vivaient et se déplaçaient à travers l'immense territoire, de l'Alaska à la Terre de feu. Il faut cependant savoir que les grands empires ont surtout peuplé les grands plateaux du centre, les côtes étant souvent peuplées de moustiques dangereux pourvoyeurs de maladies et donc désertées par les populations. C'est aussi pour cela que les invasions de peuples belliqueux, si souvent relatées dans les chroniques de toutes les grandes civilisations du Mexique, partaient du nord et passaient par la région centrale de Mexico pour se répandre soit à l'ouest chez les Zapotèques, ou vers l'est en direction des territoires Totonaques et mayas. On se pose toujours beaucoup de questions pour avoir qui était le peuple fondateur qui donna naissance à des cultures si riches et originales.

Alors que la culture de Teotihuacán est à son apogée, vers 600-650 après J.C. dans le centre du Mexique, les Chichimèques sont encore inconnus. Les cultures de la Vallée de Mexico et les nomades du Nord coexistent pacifiquement et les équilibres politico-religieux permettent une certaine prospérité. Mais après la chute de Teotihuacán, les nomades du Nord déferlèrent sans contrainte dans le centre du pays et un chaos submerga brutalement toutes les cités qui avaient existé prendant plusieurs siècles... Parmis ces groupes de nomades, l'un d'entre eux est resté dans les mémoire : les Chichimèques, connus aussi sous le nom de « peuple de la lignée du chien »...

Ce peuple « barbare », apparemment déjà adepte du sacrifice humain et même du cannibalisme, vivait au début du millénaire dans les zones semi-désertiques du nord du Mexique et ils nous ont laissé bien peu de traces. iIs n'utilisaient probablement pas l'écriture et les codex et les récits historiques postérieurs sont peu nombreux. Il faut voir en eux plusieurs tribus éparses, vagabondant au travers des hauts plateaux du nord du pays. On sait que plusieurs vagues d'émigrations ont eu lieu en direction du sud, et que cela était le fait de différentes tribus déferlant par vagues, et qui n'étaient pas « unifiées » par le pouvoir d'un seul chef. Ils sont à l'origine des Toltèques, c'est certain, mais la plupart des autres chichimèques qui envahirent le centre du pays, en vague successives entre l'an 500 et l'an 1000, en dévastant tout sur leur passage se sont finalement fondus dans la population autochtone et notamment autour de la vallée de Mexico. De là vient sûrement l'originalité des peuples qui prospérèrent là par la suite.

Quant à leur propre origine que l'on situe dans le nord, on n'en sait un peu plus depuis que des fouilles ont été organisées sur le site de « Casas Grandes » (près de la ville de Nuevo Casa Grandes, dans l'état de Chihuahua). C'est un village de terre séchée, en ruine, blotti contre une falaise, qui faisait jadis partie d'une grande ville chichimèque. En fait, la partie du site la plus intéressante est un abri sous roche composé de silos et de petites habitations. On y a retrouvé des grains de maïs naturels primitifs, et il semble que cette plante était aussi vénérée par ces hommes que l'on avait longtemps cru nomades et sans agriculture. Ce site, dans l'« Arroyo » de Guaynopa, est resté un lieu magique, surtout qu'il est toujours difficile de le retrouver même pour les guides mexicains. Malgré la taille gigantesque de cet abri, avec un ouverture de 60 mètres de large sur 12 mètres de haut, il reste très « discret » : « L'ouverture béante,..., est restée invisible jusqu'au moment ou nous allions y entrer », selon l'un des archéologue de l'expédition. Les maisons sont petites et carrées avec des portes en forme de "T". Certaines ont un étage. On y a retrouvé des tessons de poteries multicolores. On a retrouvé des « metates », des meules avec lesquelles on écrasait le maïs, objet si typique de l'histoire du Mexique. L'un était encore intact... On sait aussi que des pillards sont passés par là. Ils restent beaucoup de choses à découvrir dans ces régions du nord que les archéologues avaient jusqu'à récemment trop négligées.

Toutes les légendes, aztèques et toltèques notamment, parlent pourtant du nord comme le lieu de leurs propres origines communes et quand les légendes toltèques parlent d'un certain « Mixcoátl », le fondateur de leur race, il ne fait plus de doute aujourd'hui qu'il s'agissait d'un homme d'origine chichimèque (s'il a bien existé) et que son fils Topiltzín (qui lui a véritable existé), donnera naissance au mythe de Quetzalcoátl qui lui aussi aura tant d'importance par la suite. Ce site des « casas Grandes », est un des rares vestiges de la civilisation Chichimèque, ce nom qui signifiait « Fils de chiens » dans la langue aztèque (et sans que cela soit péjoratif). Des primitifs qui ne laissèrent pas de traces dans l'histoire ni dans les légendes malgré leur profonde influence sur leur successeurs dans la vallée de Mexico. Combien étaient-ils ? Quelques centaines ? Des guerriers, des bannis, des vaincus ? Des barbares pour les peuples qu'ils rencontrèrent sur leur route. Pourtant, le vestiges du site de « casas Grandes » montre un village d'une grande « modernité » pour de soit-disant « barbares ». De grandes places, des conduites d'eau souterraines, un système ingénieux de climatisation pour rafraîchir les maisons... Une vie sociale et politique. Pas de trace d'art religieux monumental. On pense que la ville fut bâtie rapidement, vers l'an 1060, et qu'elle prospéra dans ces terre déjà arides du nord pendant près de 300 ans (mais quel était véritablement le climat en l'an 1000 ?). On peut penser que ce peuple avait une vie semblable à celle des Tarahumaras, qui eux vivent toujours dans la région. Des hommes libres et même pacifiques... En 1340, la ville, comme beaucoup d'autres villes d'importances de cette époque, fut pillée et dévastée. Par un autre peuple plus barbare ? on a découvert que les habitants furent massacrés dans les rues, démembrés et précipités dans les puits du village, ce qui pollua définitivement l'eau qui alimentait la ville. Plus tard, les abris sous roche que fréquentaient leurs ancêtres furent redécouverts et réutilisés par des tribus pastorales d'origine chichimèques, mais le temps réduisit à néant leur propre existence au fur et à mesure que la région devenait vraiment trop aride.

En dehors du site de « casas Grande », les archéologues n'ont pas retrouvé ailleurs de vestiges importants de l'histoire des Chichimèques. Seuls leur nom et leur réputation se sont transmis jusqu'à nous. Toutes les cités du centre du Mexique devront subir leurs invasions : de Teotihuacán vers 750 à Tula en 1156, bien peu s'en relèveront... Les chroniques les décrivent comme à demi-sauvages, attaquant et ravageant les territoires qu'ils traversaient en poussant des cris de bêtes, le corps peint de couleurs vives, armés d'armes rudimentaires... Venant toujours du nord, ils ne cesserons de déferler pendant plusieurs siècles sur le centre de pays laissant d'eux une réputation exécrable, même si l'on sait aujourd'hui que ses descriptions, transmises par le souvenirs de leurs victimes, étaient exagérées. Invasions rapides et brutales, mais qui n'aboutiront jamais à l'érection du moindre empire, d'une moindre affirmation de leur conquête. Ils disparaîtront des mémoires aussi rapidement qu'ils étaient apparus. Pourtant, ils sont aussi à l'origine des nombreuses cités où ils s'installèrent, se mélangeant finalement avec la population locale au point que bien vite ils finiront par combattre contre les tribus chichimèques de même origine qu'eux et qui viendront lors des invasions ultérieures. Seuls quelques récits peuvent nous en dire plus sur leur véritable visage.

Le « Codex Xolotl » - Mention des Chichimèques...
Le « Codex Xolotl »
Manuscrit aztèque qui retrace l'histoire des Chichimèques - Bnf

Le célèbre « Codex Xolotl », manuscrit aztèque qui retrace l'histoire des Chichimèques que l'on peut voir à la Bibliothèque National à Paris, nous compte l'histoire des descendants du roi Amacui Xololt, dynastie qui s'étendra de l'année 1068 à 1427. Ce codex nous vient de Don Fernando de Alva Ixtlilxochitl, un noble indigène qui recueilli les légendes indiennes au XVIIème siècle. C'est le seul codex qui fasse allusion à un haut personnage chichimèque : Amacui Xololt y est le roi légendaire qui serait à l'origine d'un des plus puissants royaumes de la vallée de mexico, les Mexicas, qui verra à sa tête Nezahualcoyótl, le roi poète et philosophe. Ce récit nous révèle aussi l'origine de l'introduction de l'écriture nahuátl, qui sera reprise par les aztèques et que l'on parle toujours au Mexique aujourd'hui. Bien que le texte de la planche IV de codex précise (selon l'interprétation qu'en fait lui-même Alva Ixtlilxochitl) que cette écriture fut apportée par un certain Coatlitepán vers l'an 4 Acátl, soit en 1275 pour notre calendrier, et qu'il soit venu d'une région où vivaient les Mixtèques, il semble bien que le nom même de Amacui Xololt soit d'origine chichimèque. Ainsi, serait-il un chef qui aurait bâtit un véritable royaume, même s'il ne se nommait plus lui-même par la suite « chichimèque ».

Le père Bernadino de Sahagun, chroniqueur espagnol de la Conquête, nous parle aussi d'eux. Il distingue plusieurs Chichimèques : les plus sauvages sont les « Teochichimèques », les plus authentiques au sens de « primitifs », habillés de peaux de bêtes (!), vivant de racines, de fruits, et de petits animaux comme le lapin. Pas de prêtres, pas d'idoles, pas de monument religieux... Des hommes du néolithiques auxquels on donne aujourd'hui le nom de « Culture du Désert » et qui se rapprochaient beaucoup - culturellement - des Indiens de l'Amérique du nord. Mais, il cite aussi les « Tamimes », qui sont des chichimèque qui ont su établir des contacts avec leurs voisins du sud et avec qui ils ont échangé des coutumes et des habitudes. Ils pratiqueront un peu l'agriculture et « ils se vêtaient des haillons mis au rebut par les plus civilisés » (Michael D. Coe). on sait aujourd'hui que les grandes invasions qui caractérisent leur histoire sont des conséquences des changement climatiques et des graves sécheresses qui s'abattaient parfois dans le nord, forçant ses habitants à l'exode. On sait aussi que le mouvement inverse a aussi existé et que des groupes de paysans du sud montaient parfois dans ces terres qui vivaient aussi des périodes favorables et que les gens qu'ils rencontraient semblaient bien pacifiques : preuve que ces Chichimèques n'étaient pas si sauvages que le dit la légende.

Pour en savoir plus sur les autres civilisations précolombiennes

« Le Peuplement de l'Amérique »

« L'histoire du Mexique »

« Les premiers Mexicains »

« Les Olmèques »

« La culture de Teotihuacán »

« Les Toltèques »

« Les Totonaques »

« Les Zapotèques »

« Les Mayas »

« Les Aztèques »