Histoire du Mexique

C'est avec plaisir que je livre ici le travail de deux jeunes lycéens qui ont réalisé un travail vraiment intéressant et finalement très complet sur une des figures emblématiques de l'histoire récente du Mexique : « le caudillo ». Tout le monde a entendu ce terme, un jour ou l'autre, au détour d'un article de journal ou dans les livres d'histoire mais que recouvre-t-il exactement ? Voici un réacapitulatif assez précis, concernant essentiellement le Mexique et son histoire récente, mais qui remplit avec brio sa mission : en savoir plus !

C'est avec enthousiasme et reconnaissance que je mets ce travail en ligne en indiquant encore pour fois aux lecteurs de ces pages que le site VivaMexico.info a vocation à devenir collaboratif et qu'à ce titre toute les demandes visant à en enrichir le contenu sont les bienvenues et seront donc en conséquence étudiées avec attention et avec comme objectif final de vous faire découvrir ce pays si riche et si complexe, et finalement si méconnu qu'est le Mexique.

Avant propos
Un caudillo est un leader politique, militaire et/ou idéologique en Espagne et Amérique latine.
On utilise ce terme pour nommer les chefs militaires et politiques qui ont pris le pouvoir dans certaines régions après l'indépendance des pays d'Amérique latine.
La principale différence entre un caudillo et un dictateur est le besoin d'appui populaire ; un caudillo est, dans le fond, le produit d'une démocratie en gestation dans laquelle les masses populaires suivent un leader qui représente les valeurs et l'identité de la région qu'il gouverne.
En Amérique latine, ce terme peut avoir une connotation positive ou négative selon la position politique de la personne qui l'emploie.
C'est à partir de cette année 1923 que l'on commence d'ailleurs à employer le terme de caudillo (chef de guerre lors du Moyen Âge espagnol).

Wikipedia

 

Lumière et ombre du caudillo

par Virgile Guého-Texier et Martin-Geoffray Max

 

 

SOMMAIRE

Introduction

1 ) Le contexte : la Révolution mexicaine

A) Le Porfiriat (1876 à 1911)
B) La Révolution mexicaine
C) Le rôle des caudillos dans la Révolution

2 ) Le contrôle de l'image par les caudillos

A) Les moyens modernes de la propagande
B) L'image proposée par la propagande
C) La vitalité de l'image des caudillos...

3 ) La postérité de l'image du caudillo dans l'art et la culture populaire

A) Qualité et prestige des caudillos
B) Aspects négatifs du caudillisme

Conclusion

Annexes
Lexique
Bibliographie
Remerciements

 
Le drapeau Mexicain

Introduction

 
Au début du XXème, en Amérique latine et plus particulièrement au Mexique, naît un nouveau genre de leader politique dans la longue période d'instabilités qui suit le processus de décolonisation. Ces dirigeants, appelés caudillos, n'ont pas hésité à prendre les armes pour se faire entendre et sont issus de milieux sociaux divers. Ils ont en commun une soif de gloire, de pouvoir et deviennent de véritables représentants pour un peuple rural en quête d'identité. Adoptant souvent des techniques de guérilla, ces chefs militaires des révolutions ont été propulsés sur le devant de la scène politique du pays grâce à leur courage, leur charisme par les paysans et les indigènes amérindiens mécontents du système agricole sud-américain. Celui-ci est en effet dominé par les grandes familles riches et les propriétaires étrangers qui monopolisent la quasi-totalité des terres cultivables dans leurs haciendas. Au Mexique, durant la Révolution de 1910, deux caudillos, Emiliano Zapata et Francisco Villa se distinguent grâce à leur influence, qui ne cesse de croître auprès du peuple. Celle-ci s'étend bien au-delà de l'état d'origine, et repose en grande partie sur une mise en scène quotidienne et une image forte véhiculée par les partisans. Cependant, la férocité et les méfaits du caudillisme sont connus, et certains artistes, montrent dans leurs œuvres la face la plus sombre de ce régime primaire, et l'ambiguïté de certains chefs. Le culte de la personnalité de ces caudillos et la vague d'espoir presque utopique que la Révolution a suscité toujours très présent aujourd'hui dans les couches basses de la société mexicaine ne doivent pas faire oublier un certain nombre d'éléments. En effet le détournement des symboles, la révélation des massacres, le peu d'impact final sur les décisions politiques qu'ont eu ces révoltes doivent aussi être pris en compte dans l'analyse de l'image du caudillo. On peut également penser que le bilan de la Révolution est largement négatif pour les paysans dont les revendications n'ont pas été suivies de réformes gouvernementales, et qui resteront une classe isolée à surveiller pour les autorités fédérales. Il faut attendre les années 1930 pour que l'économie du pays se relève définitivement de la Révolution et pour assister à l'application des réformes que le peuple revendique depuis des années. Mais même malgré cela le portrait positif de ces caudillos a de tout temps prévalu dans les consciences collectives mexicaines.

Sous quelles facettes l'image du caudillo, élément principal de sa puissance, se décline-t-elle ?

Dans un souci de clarté, nous observerons d'abord le contexte de la Révolution mexicaine, indispensable pour comprendre le rôle joué par les caudillos, puis leur propagande, et enfin la façon dont les artistes ont levé le voile sur une autre face du caudillisme, parfois bien moins positive.

 

Première partie
Le contexte: la Révolution mexicaine

A) Le Porfiriat

Porfirio Díaz (1830 - 1915)

Porfirio Díaz (1910)
Auteur inconnu

En 1821, le Mexique vainc définitivement les armées espagnoles et acquiert son indépendance après trois siècles de domination. Cette date marque aussi le début d'une longue période d'instabilité politique, jusqu'en 1876 où le général Porfirio Díaz s'installe à la présidence.

Porfirio Díaz (1830 - 1915) acquiert son prestige en luttant contre les Français lors de la campagne de Napoléon III au Mexique et est l'un des principaux artisans de la défaire de Maximilien Ier, notamment avec la prise de Mexico en 1867. Après son arrivée au pouvoir, il met en place une dictature et y reste jusqu'en 1911, à l'exception de deux courtes périodes. Pour cela, il respecte les formes légales, car promulgue un grand nombre d'amendements à la Constitution qui lui permettent d'enchaîner les mandats présidentiels alors que la celle-ci l'interdit.

La période durant laquelle Díaz dirige le pays est marquée par la paix, la stabilité politique et la prospérité. Entouré d'intellectuels et de techniciens (surnommés les « Cientificos »), il gouverne avec l'appui des élites économiques qui tirent profit de son vaste programme de modernisation. Il désenclave les terres du nord et du centre en dotant le Mexique de routes et de chemins de fer, établit des relations diplomatiques avec de nombreux pays et s'attire la bienveillance des autorités catholiques en limitant les effets des lois anticléricales dites de « Reforma ». Celles-ci, promulguées en 1856 avaient en effet provoqué une guerre civile entre libéraux et conservateurs catholiques. Le pays s'ouvre aux capitaux étrangers et les industriels européens et nord-américains investissent au Mexique, bâtissent des mines, des puits de pétrole, des plantations. Le secteur primaire est lui aussi en pleine expansion : dans un souci d'optimisation, les terres sont concentrées dans les haciendas sous le giron de puissants propriétaires terriens. C'est donc sous Díaz que Le Mexique entre enfin dans l'ère industrielle.

 

« La Calavera de la Catrina » - José Guadalupe Posada - 1910

La Calavera de la Catrina
José Guadalupe Posada - 1910

Cette prospérité crée pourtant de nombreuses inégalités. En rassemblant les terres en haciendas, les petits propriétaires - souvent des indigènes amérindiens - ont été déportés et contraints de céder leurs terres. On les exploite désormais dans les haciendas pour un salaire misérable et les conditions de vie sont très difficiles. Les richesses engendrées apportés par l'industrialisation profitent donc surtout aux dirigeants mexicains et aux industriels étrangers, alors que les paysans et les couches basses de la société sont de plus en plus opprimés. Le mécontentement augmente donc dans cette population, tandis que les intellectuels critiquent aussi la dictature et les couches dirigeantes.

A gauche, la Calavera de la Catrina, par José Posada est une caricature de la haute bourgeoisie porfiriste qui profite de sa richesse grâce aux souffrances du peuple. D'autre part, la prospérité qui accompagne le porfiriat connaît également un coup d'arrêt en 1907, quand une crise économique importante frappe le Mexique : la baisse des salaires et l'explosion du chômage augmentent le mécontentent. Le consensus sur lequel s'est jusque-là reposé le pouvoir de Porfirio Díaz semble de nouveau très précaire.

 

B) La Révolution mexicaine

Dès les premières années du Porfiriat, de nombreux intellectuels réfutent la légitimité de Díaz à la tête de l'Etat. La crise économique qui sévit est l'élément déclenchant qui leur permet de rassembler des partisans et de mettre leurs idées en action. Les trois frères Flores Magon, Jésus, Ricardo et Enrique sont reconnus comme les précurseurs de la Révolution et fondent dès 1900 le journal d'opposition Regeneracion, de tendance anarchiste. Cette activité vaut à Ricardo, le plus actif des trois frères, de la prison à deux reprises. Ce dernier et Enrique fondent également en 1906 le Parti Libéral Mexicain, parti anarchiste qui s'implique beaucoup par la suite lors de la Révolution. Si eux-mêmes ne prendront pas part aux luttes armées, leurs idées influencent beaucoup les révolutionnaires mexicains, et sont reprises par Zapata dans son Programme d'Ayala : suppression de la réélection, abolition de la peine de mort, éducation obligatoire jusqu'à 14 ans, expropriation des haciendas au profit des petites et moyennes propriétés.

La Révolution commence officiellement en 1910. Lors des cérémonies pour le centenaire de l'Indépendance, de nouvelles élections ont lieu et le président-dictateur Díaz semble bien parti pour remporter la victoire et commencer son septième mandat. Cependant un opposant, Francisco Madero, au cri de « suffrage effectif - non à la réélection » rassemble les mécontents et les laissés-pour-compte du porfiriat et remporte la victoire. Mais le refus de Díaz de reconnaître l'élection déclenche la guerre civile. En quelques mois, les madéristes prennent le contrôle du pays et Díaz , craignant une intervention des Etats-Unis d'Amérique, favorables à Madero, démissionne et s'exile à Paris, où il meurt en 1915.

Ricardo et Enrique Flores Magon pendant la Révolution de  1910 (auteur et date inconnus)

Ricardo et Enrique Flores Magon pendant la révolution
(auteur et date précise inconnus)

Cependant, la chute de Díaz et la prise du pouvoir de Madero n'arrête pas les troubles qui agitent le pays. Le parti porfiriste cherche à revenir au pouvoir et le nouveau Président est démis de ses fonctions par un complot qu'a organisé le général Victoriano Huerta, et est assassiné par ce dernier le 22 février 1912. Cette trahison provoque une réaction immédiate qui ouvre la deuxième phase de la Révolution. Les années suivantes seront plus dures, les affrontements plus sanglants. Trahisons, coups d'état et guerre civile deviennent le lot commun des Mexicains. C'est là que les mouvements populaires, et en particulier ceux de Villa et de Zapata prennent encore plus d'ampleur et jouent un rôle déterminant en réussissant à acquérir une portée nationale. Les différentes factions armées qui ont émergé au Mexique se révoltent et se liguent contre le général putschiste. Avec les troupes d'Emiliano Zapata , au Sud du pays, l'armée de Pancho Villa, au Nord, et les partisans de Venustiano Carranza (celui-ci est davantage opportuniste que révolutionnaire), l'étau se resserre autour de Victoriano Huerta. Le 15 juillet 1914, le dictateur qui ne s'est maintenu au pouvoir que dix-sept mois, s'exile lui aussi. Après la victoire des rebelles, Carranza devient Président mais se retourne contre ses deux adjoints. Avec l'aide du général Alvaro Obregón, il bat les armées de Villa, et fait assassiner Zapata en avril 1919. Pancho Villa est tué en 1923. Les deux leaders charismatiques de la révolution sont donc éliminés, alors que la réforme agraire demeure dans le domaine du rêve. Avec l'élimination de Villa et Zapata, le pouvoir fédéral semble renforcer, mais le pays ne trouve toujours pas sa stabilité. En effet, en 1920 Obregón se révolte contre Carranza, qui est tué le 20 mai 1920. Obregón est alors élu président, mais le pays est à nouveau à feu et à sang quand un de ses amis Adolfo de la Huerta le trahit début 1924. Sa révolte suivie seulement par quelques officiers de l'armée est durement réprimée. Entre les années 1925 et 1934, le peuple excédé par les massacres et les pillages connaît une dernière crise : un sanglant conflit religieux. Obregón et son successeur Plutarco Calles mènent une politique d'anticléricalisme farouche. Dans les campagnes, les Cristeros prennent les armes et mettent en échec les armées fédérales. Obregón est même assassiné par un étudiant catholique le 17 juillet 1928, mais des accords sont cependant peu à peu trouvés entre les deux partis et le conflit prend fin au début des années 1930.

Le Mexique ne retrouvera la paix, la stabilité et la prospérité qu'avec le président Cardenas à partir de 1935.

 

C) Le rôle des Caudillos dans la Révolution

Les caudillos auxquels nous nous intéresserons, Emiliano Zapata, « Pancho » Villa et Alvaro Obregón, sont tous trois des chefs militaires. Le contexte de la Révolution leur a permis de le pouvoir, sinon dans le pays, du moins dans les régions dont ils sont originaires, grâce aux masses paysannes et déshéritées auxquelles ils promettent la fin de la domination des grands propriétaires. Ils se démarquent par leur absence de scrupules le nombre d'assassinats commandités par les différents chefs militaires durant la Révolution est éloquent, tout comme le nombre de dirigeants mexicains assassinés et la propagande qu'ils mettent en place pour rallier toujours plus d'alliés.

Emiliano Zapata est né au Mexique dans l'état du Morelos en 1879. Fils d'un indien, il n'appartient pas lui même aux classes les plus défavorisées puisqu'il est « charro » mais côtoie tous les jours la souffrance des peones. Il commence son engagement politique en 1909, avant la Révolution, pour obtenir l'élection d'un de ses amis au poste de gouverneur du Morelos, puis il prend les armes pendant la Révolution, en 1910, contre Díaz pour obtenir des réformes agraires. Cependant, après la prise de pouvoir par Madero, il se révolte très vite et reprend les armes, déçu de sa trop grande modération, et se constitue une immense armée dans le Sud du pays, qui constitue un réel poids politique et militaire. Il s'allie à Villa et à Carranza pendant la guerre contre Huerta, puis, trahi par Carranza après sa prise de pouvoir, le combat aux côtés de Villa. Cependant, il est assassiné sur ordre du Président en 1919, pendant la fusillade de l'hacienda de San Juan Chinameca. Surnommé « l'Attila du Sud », Zapata est l'un des plus grands chefs militaires de la Révolution et le symbole des luttes pour le peuple.

Doroteo Aeango Arambula, plus connu sous le nom de Francisco « Pancho » Villa, est né en 1878 dans l'état de Chihuahua, et issu des milieux sociaux les plus bas. Orphelin dès l âge de douze ans, Il devient un célèbre bandit, connu dans tout le pays. C'est en 1910 que le politicien Madero qui lui offre la possibilité de s'illustrer et d'obtenir l'amnistie de ses nombreux crimes et délit. Madero a en effet besoin d'hommes aguerris pour sa révolution face au dictateur Díaz . Ce choix se révèle payant puisque Villa s'illustre dans la prise de Ciudad Juárez le 9 mai 1911. En 1913, après l'assassinat de Madero, il lutte contre Huerta, aux côtés de Carranza et Zapata, et prend la tête de la mythique Division du Nord, qui remporte des victoires éclatantes. Après la prise du pouvoir par Carranza, il s allie en 1915 avec Zapata dans un contrat où ils s'engagent tous deux à lutter contre le nouveau dictateur. Villa est pourtant définitivement battu en 1923, et le pouvoir lui permet tout de même une retraite paisible dans l'hacienda de Canutillo, près de la ville de Parral dans l'état du Durango. Le personnage de Pancho Villa, « le Centaure du Nord » est resté pour toute une population un mélange de guerrier redoutable et de bandit sympathique et charismatique.

Alvaro Obregón, né en 1880 dans l'état du Sonora, fait son entrée dans la Révolution mexicaine en prenant le parti de Madero en 1911. Après l'arrivée au pouvoir de Carranza, il décide de lutter à ses côtés contre les guérillas menées par Villa et Zapata. En 1920, Obregón se soulève contre le Président, et le fait assassiner en 1920. Obregón est alors élu président, puis en 1924, soutient Plutarco Elias Calles pour sa succession. Ce choix provoque une nouvelle crise dans le pays car Adolfo de la Huerta, un de ses plus anciens collaborateurs et un candidat potentiel à la présidence, se soulève en estimant que le soutien du Caudillo doit lui revenir (cet épisode inspirera à Martin Luis Guzman l'histoire de son roman L'Ombre du Caudillo). Finalement, Calles est élu et en 1928, mais Obregón est tué par un extrémiste catholique, opposé à l'anticléricalisme du Caudillo. Alvaro Obregón est peut-être le moins « caudillo » des trois figures que nous étudions. En effet, bien qu'originaire de l'état de Sonora et arrivé au pouvoir grâce au peuple, il s'en est très vite détaché afin d'obtenir une image plus correcte de militaire et chef d'état. Il demeure néanmoins un personnage très important dans la Révolution mexicaine, de par son génie militaire, et l'anéantissement des guérillas, et aussi parce qu'il restera près d'une décennie au pouvoir.

Nous allons à présent étudier tout les aspects de l'image des caudillos que nous venons de présenter.

 

Deuxième partie
La propagande sous le caudillisme : le contrôle de l'image

A) Les moyens de la propagande

Comme tous les caudillos d'Amérique latine de la même période, les leaders mexicains utilisent beaucoup la propagande, pour rallier plus de gens à leurs causes. Celle-ci se base surtout sur les images, le peuple étant alors peu cultivé et la plupart du temps analphabète. En effet la population, composée en majorité de paysans, travaille dans les haciendas, pour un salaire très bas et avec des horaires difficiles. Ces conditions misérables et l'enseignement pas obligatoire ne peuvent permettre l'éducation des populations. Les caudillos ont pourtant su, grâce à l'image fédératrice qu'ils véhiculent, canaliser leur amertume et leur colère contre le système agraire pour les rallier à eux et en faire les bases de leurs armées. C'est au peuple, puis la propagande qu'ils doivent leur pouvoir.

La période de la Révolution mexicaine et les années qui précèdent sont marquées par un événement de première importance dans le domaine de la communication politique : la photographie, inventée par le français Niepce entre 1822 et 1826. Facilement reproductible, elle se répand dans le monde. Cette « démocratisation » de la photographie permet aux hommes politiques de mieux se faire connaître du peuple, et de mettre en place une propagande plus efficace que celle véhiculée jusque là par les gravures et les tableaux. Elle devient effectivement plus facile à reproduire et à diffuser et offre une impression de réalisme plus à même de convaincre les destinataires de la véracité des informations reçues. Les chefs d'Etat des pays industriels utilisent la photographie à des fins de communication depuis déjà plusieurs décennies. Au Mexique, cette utilisation arrive plus tard, et devient très importante à partir de la révolution. Les caudillos de l'époque, ayant tout de suite compris les avantages de l'invention, se font photographier de très nombreuses fois, et la plupart du temps par des partisans, des journalistes étrangers ou en tout cas avec une pose avantageuse, mais beaucoup plus active que Díaz auparavant, par exemple. De plus, certains groupes de médias nord-américains comme l'hebdomadaire « Collier's » signeront de véritables contrats avec les différents protagonistes du conflit pour disposer de leur couverture médiatique. On peut compter des centaines de photos représentant les différents leaders mexicains et plusieurs reportages.

 

B) L'image proposée par la propagande

Alvaro Obregón aux côtés d'indiens Yaquis en 1915

Alvaro Obregón aux côtés
d'indiens Yaquis en 1915

Tous les caudillos ne se représentent pas de la même façon. Si Pancho Villa et Emiliano Zapata se présentent en rudes cavaliers du désert, Alvaro Obregón se montre de manière plus classique et comparable à certains hommes d'Etat comme Porfirio Díaz ou les dirigeants européens, comme un militaire régulier. Cependant, leurs images respectives ont des points communs : la virilité du personnage qui réside dans les attitudes de domination, le regard dur, et la pose assurée, portent la moustache. La proximité avec le peuple, est réelle pour Villa et Zapata, plus fantasmé pour Obregón. Zapata et Villa se représentent en gauchos, symbole de la liberté et du cavalier latino-américain attaché à la terre. Obregón, bien que plus éloigné de la population pauvre par sa volonté et son haut rang militaire ne rechigne pas à se montrer entouré de gens du peuple (photo à gauche).

L'image du caudillo est donc populiste, teintée de virilité exacerbée, de puissance exhibée et de proximité avec les paysans, qui composent les différentes factions du Mexique.

La représentation de Zapata et Villa se rapproche fortement de celle du gaucho. On peut dire que le gaucho est à la pampa sud-américaine ce que le cow-boy est au Texas et aux Etats-Unis. Il porte un grand intérêt pour la nature, les grands espaces, mais aussi les animaux, en particulier les chevaux et le bétail, qu'il élève.

Personnage mystifié, il symbolise l'amour de la terre, la liberté ; les caudillos s'en inspirent donc, réalisant que leurs programmes de réformes agraires et démocratiques leur permettaient de se rapprocher de ces légendes. Et la photo renforce encore cette impression.

En effet les clichés de l'époque, sont réalisés la plupart du temps par des partisans, et montrent bien la volonté des caudillos de s'identifier aux gauchos pour souligner leurs volontés de réformes agraires et démocratiques. On retrouve des similarités entre le gaucho et le caudillo dans le style vestimentaire et dans l'attitude. Le gaucho porte un chapeau simple ou un sombrero, des bottes à éperons, un gilet sans manche en cuir, et est constamment représenté à cheval. Sur la photo de Zapata, on distingue ces mêmes attributs : le fouet - quelle est son utilité pour un chef de guerre ? -, le sombrero, le fusil et bien sur le cheval, omniprésent aussi dans les représentations des caudillos.

Enfin, ce qui diffère du gaucho solitaire, pour renforcer une image solidaire auprès de la population, le caudillo agit généralement en bande armée. Ce n'est pas un vraiment un chef militaire à la tête de soldats en uniformes mais plus le leader d'un groupe de guérilleros, montés à cheval, en un mot des gauchos guerriers. Villa, par exemple, a mis en valeur sa troupe de cavaliers.

Zapata et sa troupe pendant la révolution (auteur et date inconnus)

Zapata et sa troupe pendant la révolution
(auteur et date inconnus)
Un Gaucho au XIXème siècle (auteur et date précise inconnus)

Un Gaucho au XIXème siècle
(auteur et date précise inconnus)

Emiliano Zapata sur son cheval (auteur et date inconnus)

Emiliano Zapata sur son cheval
(auteur et date inconnus)

Les trois caudillos étudiés révèlent donc un caractère tout à fait novateur, dans la mesure où c'est une propagande qui passe par le peuple, pour destinataire le peuple. A cette époque, ils sont les principaux à se montrer aussi proches du peuple à cette époque, contrairement aux autres dirigeants, européens par exemple et même mexicains avec Díaz , qui sont peint dans des postures de chefs d'Etats plus éloignées de la population.

Le Roi Louis-Philippe 1er en 1842 par Antoine François Jean Claudet

Le Roi Louis-Philippe en 1842
par Antoine François Jean Claudet

Voici à gauche un daguerréotype de Louis-Philippe Ier, roi des Français de 1830 à 1848. Pris en 1842 par Claudet, on remarque la pose hautaine du roi et ses vêtements bourgeois (chapeau haut-de-forme sur la tablette à gauche, nœud papillon) dans ses luxueux appartements le montrent éloigné du peuple, contrairement à Zapata ou Pancho Villa, et même Obregón.

Porforio Díaz en 1896, huile sur toile par El Agora (tableau officiel)

Porforio Díaz en 1896, huile sur toile par
El Agora (tableau officiel)

Le tableau ci-contre illustre bien l'état d'esprit de Díaz . Il s'appuie sur son passé de rebelle contre l'Empire Napoléonien, avec l'uniforme de général et les médailles. Adoptant une posture ferme autoritaire, Díaz met en avant ses compétences militaires et tente de mettre en confiance ses soutiens, ou de les intimider. Bien sûr, les cibles de cette propagande sont l'aristocratie porfirienne et les grands propriétaires. En revanche la forme que prend cette représentation de Díaz - un tableau à l'huile - se prête mal à une diffusion pour le grand public.

Les caudillos de la Révolution tentent donc de s'éloigner des images traditionnelles des chefs d'états véhiculées par les Beaux-arts. Ils ont donc pour but de se représenter plus proches du peuple que leurs homologues et prédécesseurs et de s'affirmer comme des guides pour la population opprimée et désespérée.

 

C) La vitalité de l'image des caudillos

Le côté théâtral de l'image traditionnelle des caudillos a pris une ampleur inédite : la propagande va jusqu'à fonctionner seule, sans nécessiter la direction du caudillo, en inventant des rumeurs, des légendes, qui le mystifient ; par exemple, on raconte que Zapata, tué par les troupes de Carranza, a eu pour derniers mots : « ne me laissez pas mourir ainsi, dites que j'ai dit quelque chose ». La faible probabilité que Zapata ait réellement prononcé cette phrase en mourant tend à montrer que certains ont inventé cet épisode, nourrissant ainsi la propagande en faveur du décédé, qui se met dès lors à être revisitée, continuée, manipulée par d'autres. Plus effrayant encore, Zapata pourrait avoir réellement prononcée cette phrase, ce qui montrerait qu'il ne vivait que dans la propagande, et qu'il s'y était inventé une identité qu'il tentait réellement d'incarner.

D'autre part le film Zapata Mort ou Vif réalisé par Patrick Le Gall en 1992 cultive dès le titre, le mystère sur la mort de Zapata : L'Attila du Sud est-il mort ou vif ? En effet, plusieurs « Anciens de la Révolution », ou « Descendants des Révolutionnaires », comme ils se qualifient eux-mêmes fièrement, affirment que « Le Général Zapata » n'a pas été tué dans la fusillade de San Juan Chinameca : « Ce n'est pas de la blague », répètent-ils sans cesse. Selon eux, c'était son lieutenant déguisé et d'autres affirment même : « Zapata est ailleurs, poursuivant d'autres luttes, défendant d'autres peuples. Un jour on va le voir réapparaitre ici ». Le pouvoir fédéral a même du diffuser dans les journaux une image sordide de la tête coupée de Zapata, afin de prouver sa mort à un peuple incrédule. Cette vision du retour de Zapata prend racine dans le mythe pré-hispanique de Quetzalcóatl, l'un des principaux dieux des religions Mésoaméricaines. C'est aussi bien-entendu une vision christique, pour un peuple à la fois très catholique et superstitieux.

Le peuple s'est fabriqué aussi une image paternelle du « Général Zapata ». Ainsi l'un des anciens paysan du Morelos nous explique avec admiration que « Quand Zapata a su que les propriétaires d'ici nous fouettaient et ne nous donnait pas notre part de la récolte, ça ne lui a pas plu, il s'est fâché, et en vrai Charro du Morelos, il s'est mis à la tête de la révolte ! ». Sans s'en rendre compte, l'homme d'au moins soixante ans qui nous parle, utilise un vocabulaire et une attitude très enfantine, avec des expressions comme « ça ne lui a pas plu » ou bien « il s'est fâché », et une émotion non dissimulée. Dans les couches basses de la population, ce film, pourtant réalisé en 1992, soit 8 décennies après la Révolution, illustre la vitalité du mythe de Zapata dans les couches basses de la population.

Sur la tombe de Zapata, les mots appartenant au vocabulaire religieux comme « apôtre », « foi », « immortel » sont associés à ceux plus rustiques de « Révolution populaire », « agrarisme », « compagnons de lutte ». Ces quelques mots simples semblent témoigner de toute l'admiration mêlée de respect et d'espoir qui a unifié la paysannerie, jusqu'à en faire même momentanément une nation.

 

« Al hombre representativo de la Revolución popular
Al apóstol del agrarismo,
al vidente que jamás abandonó la fé
Al inmortal EMILIANO ZAPATA
Dedican este homenaje sus compañeros de lucha.
»

 

« A l'homme représentatif de la Révolution populaire
A l'apôtre de l'agrarisme,
au visionnaire qui jamais ne perdit la foi
A l'immortel EMILIANO ZAPATA
Rendent cet hommage ses compagnons de lutte.
»

 

Pancho Villa demeure quant à lui le fameux bandit bon-vivant qui a pris tout de suite les armes pour défendre le peuple oppressé du Nord. Même quand son armée est défaite par Obregón en 1920, et qu'il est escorté sur la route de Parral, retentissent les cris de « Viva Villa ! » tout au long du trajet. Fidèle à la révolution, rebelle de tous les régimes autoritaires à l'instar de Zapata, la population paysanne lui voue une reconnaissance encore bien vivace.

Dans le cas de ces deux caudillos, leur image flatteuse a de plus pris au cours du temps au Mexique une dimension qu'on ne soupçonnerait pas; ce n'est en revanche pas vraiment le cas pour Obregón, dont on se souvient moins, sans doute à cause de son aspect plus éloigné du peuple. En effet, si le peu de sources et ouvrages littéraires et journalistes dont nous disposons évoquent toutes, l'allure et la verve de ceux-ci, les faits à proprement parler, semblent intervenir largement en second lieu dans le souvenir et l'imaginaire collectif. On se souvient davantage de la célèbre phrase de Zapata « mieux vaut mourir debout que vivre à genoux », d'un caudillo gaucho, air grave, moustache virile et lourdement armé, au milieu de guérilléros admiratifs, que des combats violents qu'il a provoqué, envoyant sur le champ de bataille des paysans sous-entraînés contre les armées fédérales, qu'elles soient sous les ordres de Díaz , Huerta ou Carranza. Même chose pour Villa : il dégage moins une image de guerrier sanguinaire et violent que celle d'un sympathique truand. Pourtant criminel jusqu'en 1910, il s'est engagé dans la Révolution pour se faire amnistier; il n'a en outre pas hésité à pénétrer aux Etats-Unis, ivre de rage le 9 mars 1916 avec ses troupes pour exécuter des citoyens américains. La propagande caudilliste fonctionne presque aussi bien aujourd'hui qu'il y a un siècle, pendant le vivant de ses organisateurs.

Cette vision perdurera sans doute longtemps au sein d'une population mexicaine nostalgique, et semble figée, inébranlable. En ce sens, la représentation de l'image du caudillo passe pour une complète réussite. Cette image d'homme à la fois proche du peuple, attaché à la terre, mais s'approchant aussi du divin, sévère mais juste donne l'impression d'un très passé proche, à en écouter la population.

Après avoir étudié l'impact de l'image du caudillo sur le peuple et la société mexicaine en générale, nous allons analyser les différentes visions qu'a eu le monde artistique et culturel sur les caudillos.

 

Troisième partie :
Postérité de l'image du caudillo dans la culture populaire

A) Les qualités et le prestige des caudillos

Certains artistes ont célébré le caudillisme et les hommes qui l'ont incarné ou ont du moins, reconnu les qualités de certains d'entre eux.

Peu de sources littéraires retracent cet épisode de l'histoire, ce qui est tout à fait compréhensible, car la révolution mexicaine s'est déroulée en majeure partie dans un cadre rural analphabète. Néanmoins, Martin Luis Guzman (1887-1976), secrétaire de Pancho Villa durant cette période puis devenu écrivain nous sert de guide littéraire, avec ses deux œuvres majeures l'Ombre du Caudillo et l'Aigle et le Serpent, dans lesquelles il partage sa vision contrastée du caudillisme. En effet, Guzman se montre très critique vis-à-vis du système et du modèle caudilliste, car étant basée sur un autoritarisme autocratique, il le juge incompatible avec les idéologies révolutionnaire. Martin Luis Guzman, pourtant réaliste, reconnaît volontiers les qualités qui ont permis aux caudillos de se hisser au pouvoir.

Tout d'abord, les caudillos des œuvres de Guzman se révèlent comme de talentueux et charismatiques orateurs.

L'aura, dont disposent Alvaro Obregón et Pancho Villa, rappelle à l'auteur une attitude féline, ce qui fait que les deux chefs de guerre sont comparés à des fauves. Dans la partie 1, livre 2, chapitre 3 de l'Aigle et le Serpent, Guzman décrit Villa lors de leur première rencontre : « Son attitude, ses gestes, le regard de ses yeux constamment inquiets évoquaient le fauve dans sa tanière; mais le fauve qui se défend, pas celui qui attaque ». Quelques paragraphes plus loin, on peut lire : « Nous tombions sur Pancho Villa dont le cœur était celui d'un jaguar plutôt qu'un homme ». Le charisme de Villa peut donc se résumer en une présence impressionnante et majestueuse, qui le rapproche selon Guzman, des grands fauves, marquée par une méfiance quasi-maladive. Cela est mis en évidence lors d'un épisode raconté plus tard. Le caractère unique de ce charisme est souligné par la phrase : « Cette attitude contrastait [...] avec celle des deux autres révolutionnaires », Guzman désigne par « deux autres révolutionnaires » ses compagnons de voyage qui le suivent.

L'aura dont dispose Villa est étonnamment comparable avec celle prêtée à Alvaro Obregón. En effet, Guzman, raconte dans la partie 1, livre 3, le chapitre 4 de l'Aigle et le Serpent, chapitre par ailleurs nommé Origines d'un caudillo, sa rencontre avec Obregón pendant la guerre contre Venustiano Huerta. Il lui attribue des yeux dont « les reflets dorés évoquaient un chat ». Si Guzman ne s'étend pas sur cet aspect du général, c'est tout simplement parce qu'il ne l'apprécie pas, à cause du fait que celui-ci est soutenu Carranza après le schisme des factions révolutionnaires consécutif à la victoire contre Huerta. Il en fait la même description dans l'Ombre du Caudillo, dans lequel le Caudillo - avatar d'Obregón - est décrit comme ayant des « yeux de tigre ». Du fait des similitudes entre le « type » de charisme qui émane de chacun des deux chefs de guerre, on peut estimer qu'il existe une aura spécifique aux caudillos, ce qui les rapproche. Guzman n'ayant jamais rencontré Zapata, ne peut savoir si celui-ci disposait aussi de ce charisme spécial qu'il a relevé chez les deux autres leaders.

La deuxième qualité reconnue par Guzman dans le roman, relie différents caudillos, tels qu'Obregón et Villa. En effet, les caudillos refusent de s'identifier au « cliché » militaire qu'ils sont censés incarner : adopter celui du général en uniforme, soigné et civilisé, voire hautain. Lors de la première entrevue avec l'auteur, Villa est étendu sur son lit, coiffé d'un chapeau, armé de son fameux revolver et de sa cartouchière, et vêtu d'une simple chemise. Cette attitude peu martiale doublée de vêtements simples montre bien la volonté du caudillo de se rapprocher du petit peuple, constituant son armée. La simplicité de la réception est également notable car Guzman et ses compagnons sont accueillis directement dans la chambre de Villa.

Chez Obregón, cet aspect est moins souligné. En effet, ce dernier est vêtu d'un uniforme peu saillant et son aspect général semble très négligé « Il n'avait rien d'un militaire. L'uniforme blanc à boutons de cuivre jurait sur lui comme tout ce qui n'est pas à sa place. Le képi [...] lui allait mal, [...] trop petit, il lui descendait, en plan incliné, du sommet du crâne au front. » (Partie 1, livre 3, chapitre 3). Cet aspect négligé semble tout à fait assumé « Toute sa personne sentait le laisser-aller, un laisser-aller qu'il affectait comme s'il faisait partie de ses mérites de soldat ». Obregón cultive donc une apparence négligée pour ne pas être assimilé aux militaires « normaux », bien que certains, comme Guzman, le considèrent comme le symbole même du militarisme révolutionnaire, meurtrier et dangereux. Cet aspect se retrouve dans sa conversation. En effet, aux questions d'Adolfo de la Huerta, futur président provisoire du Mexique et modèle du personnage d'Ignacio Aguirre de l'Ombre du Caudillo de Guzman, Obregón répond « à la blague, comme si son seul désir était pour le moment de bavarder pour le plaisir ». A l'aide de son langage et de son humour, le caudillo montre une volonté de rapprochement envers les autres. Dernier détail : Guzman précise peu après, qu'Obregón « ne vivait pas sur la terre des sincérités quotidiennes mais sur une estrade ; ce n'était pas un homme d'action mais un acteur ». Ainsi, cette mise en valeur personnelle permet de le rapprocher de l'acteur, ce qui rappelle les mises en scène des exploits guerriers des caudillos ou de leur personne même (voir photos de Zapata et Villa plus haut). Guzman reconnaît donc qu'Obregón est un acteur très doué, et cette qualité aura sans aucun doute servi sa carrière.

Guzman n'est pas un adepte des différents caudillos : il fréquente Villa sur ordre de la faction constitutionnaliste de la Révolution, qui s'oppose, après la chute d'Huerta à Zapata, Villa et Carranza comptant Obregón dans ses rangs et n'éprouva pas réellement de sympathie pour lui, en dépit de l'estime que celui-ci lui portait. Il n'hésite pas à lui mentir pour pouvoir fuir le pays à la fin de l'Aigle et le Serpent, et donc à le trahir. De plus, Guzman méprise Obregón, qu'il considère comme le symbole du militarisme révolutionnaire qu'il abhorre, et n'aime pas particulièrement Zapata. Cependant, il reconnaît les qualités suivantes aux caudillos : un charisme très particulier, une volonté de rejeter les clichés du chef militaire « classique » afin de susciter plus facilement l'empathie des foules et leur sens de la mise en scène. On comprend donc comment ces individus, qui combinent ces trois qualités, ont pu manipuler aussi facilement et durablement les foules et acquérir un prestige si important et encore visible aujourd'hui.

Ce prestige se diffuse également par l'action de leurs guerriers eux-mêmes dévoués, corps et âmes à leurs chefs en les mettant en scène dans des chansons contribuant à la propagation de leur renommée, ou pour ridiculiser leurs adversaires. Par exemple, durant la guerre contre Huerta, les révolutionnaires mexicains se réapproprient La Cucaracha, une chanson populaire espagnole introduite au Mexique depuis le début du XIXe siècle, en imitant leurs prédécesseurs de la guerre contre la France qui avaient utilisé le même procédé contre l'empereur Maximilien. Ils réécrivent les paroles pour ridiculiser le dictateur, en jouant sur sa prétendue ressemblance avec le cafard, due à ses lunettes noires qu'il était contraint de porter à cause d'une maladie et aux redingotes noires qu'il mettait parfois. Mais aussi, en mettant l'accent sur son intérêt pour la drogue, plus spécialement pour la marijuana. Plus tard, lors de la guerre contre Carranza, les villistes ont écrit une nouvelle version, très dure envers Huerta et Carranza...

 

Refrain
« La cucaracha, la cucaracha,
Ya no puede caminar ;
Porque no tiene, porque le falta Marijuana que fumar

Ya se van los Carrancistas,
Ya se van para Perote,
Y no pueden caminar,
Por causa de sus bigotes.

(Refrain)
Con las barbas de Carranza
Voy (a) hacer una toquilla
Pa(ra) ponérsela (a)l sombrero
Del señor Francisco Villa
»

 

 

Traduction :
Refrain :
« Le cafard, le cafard,
Ne peut plus marcher;
Parce qu'il n'a pas, parce qu'il lui manque
De la marijuana à fumer

Voici que les Carrancistes
s'en vont Ils s'en vont enfin à Perote
(Carranza a voulu fuir après le soulèvement villiste-zapatiste)
Et ils ne peuvent pas marcher
À cause de leurs moustaches

(Refrain)
Avec les barbes de Carranza
Je vais faire une cordelière Que je mettrai au chapeau
De monsieur Francisco Villa »

 

Une autre version attribuée aux zapatistes se répand peu après l'entrée en guerre de ceux-ci aux côtés des villistes contre les carrancistes (pas de traduction disponible). Les alliés des caudillos jouent donc un grand rôle dans la création de leurs mythes via les reprises d'airs populaires et contribuent à les faire connaître encore plus des couches basses de la société, qui sont, à cette époque, les principaux auditeurs de ces chansons. Leur rôle est donc très important.

Voici un poème zapatiste (auteur et date inconnus) paru après la mort de Zapata, et qui, s'il est moins connu que la Cucaracha villiste, fonctionne selon le même principe, à savoir faire connaître les chefs de faction révolutionnaires au petit peuple mexicain à travers des œuvres populaires.

« Cloches de la ville d'Ayala
Pourquoi tintez-vous si tristement ?
C'est que Zapata est mort
Et Zapata était un vaillant.

Une grenouille dans une flaque
Chantait dans sa sérénade :
Où pourrait-on trouver meilleur cavalier
Que mon général Zapata ?
»

 

« Il est né parmi les pauvres,
il a vécu parmi les pauvres
Pour les pauvres il combattait ;
Je ne veux ni richesses ni honneurs,
Voilà ce qu'il disait à tous.
Zapata est mort en héros
Pour nous donner la Terre et la Liberté.

Sur le bord du chemin
J'ai trouvé un lis blanc
Je l'ai porté en offrande
Sur la tombe de Zapata. »

 

Ce poème, plus encore que la Cucaracha révolutionnaire, montre une grande dévotion à Zapata car il apparaît comme celui-ci qui continue d'être adulé et respecté même après sa mort « et Zapata était un vaillant ». Il reprend les « clichés » caudillistes, véhiculés par la propagande. Tout d'abord, la similarité avec le gaucho est soulignée par la référence aux talents de cavalier de Zapata : « Où pourrait-on trouver meilleur cavalier // Que mon général Zapata ? ». Sa proximité avec le peuple est montrée notamment par l'utilisation du pronom possessif « mon » dans l'expression « mon général Zapata ». Le caudillo apparaît accessible, soucieux du sort de ses compagnons. Il est également dit que celui-ci est « né parmi les pauvres, il a vécu parmi les pauvres ». Les origines modestes de Zapata sont mises en valeur. Enfin, Zapata semble réellement vouloir accomplir son programme, et ses revendications n'ont pas l'air d'être feintes : « Zapata est mort en héros // Pour nous donner la Terre et la Liberté ». En référence aux réformes agraires et revendications démocratiques réclamées par Zapata.

On retrouve dans ce poème tous les aspects soulignés par la propagande caudilliste c'est à dire : la valorisation des origines modestes, la proximité avec le peuple, la ressemblance avec les mythiques gauchos, les revendications démocratiques et agraires réclamées par les caudillos, dont on peut cependant douter de la sincérité.

Le prestige des caudillos se diffuse également sous la forme picturale. 60 ans après la révolution, Zapata reste ancré dans l'histoire mexicaine. En 1978, Arnold Belkin, peint Zapata 2. Les poncifs du caudillisme sont encore là : les qualités militaires de Zapata sont mises en valeur par l'armée de cavaliers visible en arrière-plan, par le fusil qu'il tient et la cartouchière qu'il porte et la proximité avec le peuple se voit par le port du sombrero. Cependant, des détails encore plus forts et inédits font de Zapata un « saint » décalé : son sombrero, d'une forme plutôt circulaire, ressemble à une auréole, et l'aspect étrange des membres du caudillo, en particulier son bras et sa jambe gauches, qui semblent écorchés. Belkin montre Zapata comme un martyr, un écorché, comme ses compagnons de combat le présenteront après sa mort.

 

Arnold Belkin : « Zapata II »  (1978)

Arnold Belkin, 1978, « Zapata 2 »

Cependant, une nuance troublante apparaît : la défragmentation du visage de Zapata peut dévoiler une certaine ambivalence du personnage. De plus les différents profils qui apparaissent autour du visage du caudillo peuvent rappeler la sculpture de Mussolini par Renato Bertelli. En 1933, le futuriste italien, présente une vision de profil en continu du dictateur car peu importe l'angle adopté par le spectateur, l'œuvre garde la même esthétique. En admettant que le lien tissé entre le tableau de Belkin et le buste de Bertelli soit conscient, on comprend que le peintre cherche à mettre en évidence la nature fondamentalement autocratique et autoritaire du caudillo, caractéristiques, au même titre que la ressemblance avec le gaucho, les origines modestes, et que ses soldats connaissent et acceptent, sans doute avec l'espoir d'atteindre la démocratie et la liberté en suivant les ordres de ces figures dictatoriales et tyranniques. Ce paradoxe est l'une des conséquences de la propagande active des caudillos, qui, bien qu'étant avant tout des militaires sanguinaires et opportunistes, ont réussi à passer pour des démocrates honnêtes et irréprochables, ce dont ils étaient peut-être eux-mêmes convaincus, envers leurs troupes.

 

Sculpture Mussolini, 1933, par Renato Bertelli

Sculpture Mussolini, 1933, par Renato Bertelli

A travers les créations artistiques et la culture populaire mexicaine et mondiale pendant et après la Révolution, on peut constater que les aspects positifs véhiculés par la propagande caudilliste ont résisté, grâce à la faculté et la facilité des caudillos à incarner véritablement les images qu'ils campaient dans la propagande et à la dévotion sans bornes de leurs guerriers, qui popularisèrent véritablement leurs images de guérilleros virils et idéalistes, et ce même après leur mort. La manipulation de l'image par ces leaders aussi appelé culte de la personnalité, a donc été d'une longévité exceptionnelle et a permis de faire oublier leur caractère despotique. La culture populaire mondiale et plus particulièrement mexicaine se souvient donc, même plusieurs décennies plus tard, des caudillos de la Révolution, et participe à la popularisation de leurs images, à travers des portraits le plus souvent flatteurs et mélancoliques. Certains auteurs ou peintres plus confidentiels, qui ne présentent aucune affinité particulière avec le caudillisme, reconnaissent pourtant dans leurs œuvres les qualités et talents qu'avaient ces leaders, à savoir l'immense charisme, le talent d'acteur avec le sens de la mise en scène et la maîtrise de l'image donnée au peuple.

 

B) Aspects négatifs du caudillisme

Néanmoins, les qualités des caudillos n'ont pour but que leur réussite dans leurs campagnes militaires et leurs carrières politiques. En effet, leur sens de la mise en scène et leur charisme leur servent à se constituer des troupes ou à se ménager des soutiens précieux, sans lesquels ils finiraient sans doute, trahis ou inoffensifs pour leurs adversaires. Cependant, leurs revendications en matière de réformes agraires et de changements démocratiques suscitent la controverse : quelle est la part d'honnêteté et de conviction dans leurs « exigences » ? Si chacun des leaders étudiés se présentent comme un apôtre des réformes et un défenseur du petit peuple et des minorités, on sait que dans les faits, ces prétentions ne vont pas loin, du moins en ce qui concerne les prétentions démocratiques.

On peut déjà sérieusement douter des motivations de Villa quand on sait que celui-ci s'engage dans la Révolution sous les ordres de Madero, qui lui promet de lui pardonner ses crimes Dans un même temps, il ne partage jamais son pouvoir en tant que chef militaire de la division du Nord, ce qui peut parait normal en temps de guerre, mais il refuse surtout, de démissionner de ses fonctions quand les conventionnistes, qui ont constitué un gouvernement plus ou moins démocratique d'opposition à Carranza et auxquels Villa appartient en théorie, le lui ordonnent. Lorsqu'Obregón pend le pouvoir en 1920, il entame des réformes agraires importantes. Ne pouvant se représenter après son premier mandat et afin de continuer à commander le pays, il n'hésite pas à utiliser un candidat fantoche aux élections de 1924. Après ce mandat, Plutarco Elias Calles, son successeur, lui laisse le champ libre pour une nouvelle candidature. Ce comportement peu démocratique montre le manque de motivation du caudillo pour le progrès démocratique de son pays. Zapata est, semble-t-il, le caudillo le plus sincère des trois : il s'engage en politique en 1909, donc avant la Révolution, pour soutenir un candidat d'opposition au poste de gouverneur du Morelos. De plus, il se révolte contre Madero plus tard, quand il s'aperçoit que celui-ci ne mènerait pas à bien les réformes qu'il réclame. Cette ténacité et cette obstination laissent penser que Zapata croit réellement à ses idées, bien que cela puisse aussi être de la poudre aux yeux à l'égard de ses contemporains.

Dans la culture populaire et les arts, on remarque que le principal problème du caudillisme est l'extrême violence des chefs militaires : de nombreuses caricatures et livres mettent l'accent sur ce point. Ces dénonciations ne concernent pas leurs origines militaires. En effet, face aux dictateurs Huerta et à Carranza, symboles de la réaction, on comprend que prendre les armes peut constituer une façon comme une autre de défendre les acquis révolutionnaires. Cette nécessité militaire ne doit cependant pas faire oublier aux chefs de guerre les idéaux révolutionnaires, les droits de l'Homme et la résolution des problèmes purement civils, défendus en théorie par la Révolution. Guzman dit dans l'Aigle et le Serpent « Cette Révolution compte déjà trop de militaires. Pourquoi ne pas s'attaquer avec la même ardeur aux problèmes civils ? ». La violence des caudillos est ici dénoncée, quand celle-ci est dirigée contre des personnes inoffensives, telles que des prisonniers de guerre ou de droit commun, ou encore des petits délinquants ou des habitants lambda.

Dans l'Aigle et le Serpent (Partie 1, livre 7, chapitre 2) Martin Luis Guzman raconte un épisode dans lequel Fierro, un subordonné de Villa, invente avec l'accord implicite de son chef un moyen particulièrement violent et inhumain d'exécution « avec une fantaisie à la fois cruelle et créatrice » pour éliminer un groupe de prisonniers. En effet, à la suite d'une victoire militaire, Villa capture un grand nombre de prisonniers, des militaires fédéraux et des volontaires d'une ville voisine. Il décide alors d'épargner les premiers et de tuer les seconds pour l'exemple. Guzman dénonce alors les « terribles ordres de Villa ». Fierro invente pour l'occasion un jeu cruel : lâchés par groupes de dix depuis un enclos, les prisonniers condamnés, doivent, pour gagner leur liberté, franchir une barrière située non loin, en évitant les balles de Fierro « En avant les enfants ! Je suis seul et je tire mal » crache-t-il, méprisant mais amusé, aux « prisonniers terrorisés ». Le bilan du massacre est effroyable. Fierro, un excellent tireur, et ses soldats, qui se joignent à son jeu, massacrent tous les prisonniers, à l'exception d'un seul, qui parvient malgré les tirs à s'échapper dans le désert. Guzman se livre ici à une critique du caudillisme et de ses hommes de main, des individus particulièrement violents et sanguinaires. Cependant, il apporte plus loin une explication à cette violence : l'impulsivité et la totale inconséquence des caudillos.

Par exemple, toujours dans l'Aigle et le Serpent, (partie 2, livre 4, chapitre 6) Guzman raconte une entrevue entre Villa, Llorente, un compagnon de l'auteur, et lui-même. Le chef de guerre est de mauvaise humeur, il attend fébrilement le résultat d'une bataille menée par ses hommes. Finalement, un télégramme arrive, lui indiquant qu'il a triomphé et que cent soixante prisonniers, qui se sont rendus avec leurs armes, ont été capturés. A la question « Que faut-il faire des prisonniers ? » Villa, furieux, hurle à son télégraphiste « Ce qu'il faut en faire ? () Mais les fusiller, bien sûr ! () Dis-lui [à son subordonné] de les fusiller, et s'il n'a pas accompli cet ordre dans une heure, je le rejoins et le fusille avec les autres pour lui apprendre ». Le caudillo apparaît ici extrêmement violent et brutal, et se retourne, consterné, vers ses deux invités « Qu'est-ce que vous en pensez, messieurs ? Me demander ce qu'il fait faire des prisonniers! ». Cependant, Llorente proteste, et malgré sa terreur de Villa lui assène que « ce n'est pas bien » d'ordonner cette exécution. Guzman, faisant fi de sa propre peur, renchéri alors en disant que si les prisonniers se sont rendus, c'est parce qu'ils « refusent de mourir en tuant », ce qui les exempte de mourir prisonniers, sans possibilité de se défendre. Face à cette argumentation simple, combinée à une protestation qui ressemble fort à un manque de respect, Villa a une réaction extrêmement étrange : il se jette sur son télégraphiste et lui ordonne d'envoyer un contrordre pour sauver les prisonniers. Pendant le temps qui sépare l'envoi de ce nouveau message et la réponse des soldats villistes, le caudillo montre, et c'est le plus surprenant, des signes d'angoisse et de regret qui offrent un contraste énorme avec la fureur qui l'animait quelques minutes avant : il demande par exemple, inquiet, à Guzman « Vous croyez que le contrordre arrivera à temps ? ». Finalement, le télégraphiste annonce au chef de guerre que les prisonniers sont sauvés. Villa remerciera Guzman et Llorente ainsi, un peu plus tard « Merci, mes amis, pour le télégramme... Pour les prisonniers, là... ». Le visage de Villa montré ici est une totale inconséquence et une impulsivité violente : emporté par sa colère, il n'hésite pas à ordonner la mort de nombreux hommes, mais il est capable après un laps de temps très court - le temps de l'argumentation entre Guzman, Llorente et lui, qui ne dépasse sans doute pas l'ordre de la minute - de changer totalement d'avis. Sa phrase de remerciement envers ses deux « amis » montre la gêne de Villa et sa reconnaissance vis-à-vis d'eux pour l'avoir empêché de commettre un terrible crime ; il semble donc pleinement conscient de son défaut, l'impulsivité et qu'il ne peut pas se contrôler. Une des caractéristiques de Villa est donc la spontanéité, qui peut se révéler dangereuse, voire mortelle, pour son entourage. Mais aussi pour lui-même.

Guzman montre en effet un autre épisode, durant lequel il demande au caudillo son revolver afin de l'envoyer à un collaborateur potentiel pour le convaincre de rallier leur cause. Villa s'exécute « J'avais réussi à faire, grâce à ce qui pouvait apparaître comme un stratagème, quelque chose, que personne n'avait jamais osé entreprendre : désarmer Pancho Villa », se souvient Guzman... mais, s'apercevant qu'il est désarmé face à des quasi-inconnus, Guzman lui-même et son ami Dominguez, Villa panique malgré la présence de ses gardes du corps « il changea de visage et porta vivement les deux mains à ses hanches. Il nous regarda tous et, mû par l'instinct, alla s'adosser au mur. ''Hé ! Donnez-moi un revolver, quelqu'un. Je suis désarmé !'' s'écria-t-il précipitamment. ». Les villistes autour du caudillo s'empressent alors de lui remettre un revolver, et celui-ci, rassuré par l'arme, se calme instantanément. Cette scène montre une autre face de l'impulsivité de Villa. En remettant son revolver à Guzman, sans se poser de question, il se met lui-même dans une situation qu'il considère, après coup, comme dangereuse : en effet, qu'est-ce qui lui prouve que Guzman n'est pas un espion ennemi, chargé de le tuer ? Réalisant cela, il panique, et réclame une arme pour se défendre. Villa a donc un caractère étrange, son impulsivité semble non pas causée par la puissance de ses émotions mais par une certaine lenteur de réflexion, qui contraste avec son talent stratégique qui lui a permis de remporter toutes ses victoires.

Cette impulsivité du caudillo, qui peut laisser libre cours à une colère meurtrière et dangereuse, est une des facettes de son caractère, que Guzman déplore. C'est en effet cette impulsivité et cette inconséquence qui semble être la cause des massacres gratuits et sauvages perpétrés par les caudillos.

La critique de la violence caudilliste est également montrée dans d'autres documents et particulièrement dans certaines caricatures : par exemple, en voici deux, d'auteurs inconnus, parues en 1911 dans le journal El Ahuizote, un périodique anti-porfiriste, auquel a contribué Ricardo Flores Magon.

 

Caricatures parues dans le journal El Ahuizote en 1911

Caricatures parues dans le journal El Ahuizote en 1911

Ces deux caricatures représentent Zapata. Sur la première caricature, il est au premier plan, le président Madero en fossoyeur derrière lui. Sur la seconde, il tient la mort à bout de bras. Les deux dessins sont assez semblables. Zapata, représenté en guerrier porte une cartouchière sur chaque dessin et est armé d'un fusil sur le deuxième, semble s'associer à la Mort. En effet, la première caricature le montre debout sur un tas de crânes humains jonglant avec; la deuxième le représente aux côtés d'un squelette debout qui rappelle l'allégorie de la Mort, et tous deux se tiennent sur des têtes de mort. Le rapport entre le caudillo Zapata et la mort est ici clairement souligné. Il montre que Zapata est d'abord le chef d'une guérilla violente sévissant dans le sud du pays - certains l'appellent d'ailleurs l'Attila du Sud. La caricature nous rappelle donc que les caudillos sont avant tout des chefs militaires, et que, quelles que soient leurs revendications, ils utilisent d'abord la violence pour les défendre.

 

CONCLUSION

Les Caudillos ont donc été et demeurent toujours d'une importance cruciale dans la société mexicaine. L'étude de leur image se révèle très riche et diversifiée, et nous montre beaucoup d'aspects, parfois contradictoires : celle, adoptée par le peuple, d'hommes justes, courageux et virils, ou bien celle des artistes, qui tentent de montrer leur propre conception du caudillisme en poussant plus loin l'analyse plus nuancée de la personnalité et des faits des chefs. Cette vision du caudillisme, qui se décline ainsi principalement de deux façons, est sans cesse renouvelée, et chacun se l'approprie. Aussi bien le peuple, qui diffuse de bouche-à-oreilles les mythes avec modifications, amplifications et ajouts, que le monde artistique notamment avec un film réalisé récemment, en 1992 Viva Zapata, ou le livre documentaire de Manuel Plana Pancho Villa et la Révolution mexicaine, publié en 1993. Allégorique, intemporelle et sans cesse renouvelée, l'image du caudillo est devenue mythe, avec ces caractéristiques, propres à ces récits légendaires d'origine orale. Et ce mythe raconte l'histoire de la « création » du peuple mexicain. En effet, malgré ambigüité de certains chefs comme Villa ou Obregón, décelée par des artistes comme l'écrivain Guzman, les Caudillos illustrent toute la difficulté d'affirmation d'un peuple situé entre occident et orient aux XIXème et XXème siècles. Chacun de ses dirigeants a suscité et incarné l'espoir de toute une population, et créé un élan que le pays n'avait jamais connu, même durant la guerre d'indépendance contre l'Espagne. On peut tenter de dresser un bilan du caudillisme au Mexique, et l'on trouvera de nombreux éléments de réponse dans ce dossier, mais le plus important est sans doute que le peuple mexicain s'est trouvé par eux et avec eux une véritable identité. Il a ainsi complètement rejeté l'époque de domination coloniale espagnole, mais a aussi affiché une protestation de liberté, et réfuté toute forme de dictature, tout en assumant ses origines indiennes et son appartenance à la terre qu'il travaille.

Se considérant comme héritière de Zapata depuis sa création le 17 novembre 1983, l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) illustre parfaitement l'universalité et la nostalgie que les caudillos ont engendrées sur la population mexicaine. Cette organisation non-violente, bien que ses membres portent un uniforme et une arme, reprend les caractéristiques du mouvement de Zapata en 1910. Ses revendications principales sont « travail, terre, logement, alimentation, santé, éducation, indépendance, liberté, démocratie, justice et paix », dans la Déclaration de la forêt Lacandone qui s'apparente au Plan d'Ayala de Zapata. Ce mouvement est également personnifié par son leader mystérieux et charismatique, le sous-commandant Marcos.

Aujourd'hui l'héritage des caudillos est abondant et varié, et même revendiqué par l'état. On trouve par exemple aujourd'hui beaucoup d'avenues, rues, places, écoles, et localités portant les noms de Zapata, et Obregón, tout comme des billets de 200 pesos depuis 1885 où figurent Zapata et Villa. De plus, dans le cadre de la commémoration du centenaire de la Révolution de 1910, des pièces de 5 pesos à l'effigie d'Emiliano Zapata et Francisco Villa ont été frappées.

Le titre de « Caudillo », à cause de la symbolique qu'il incarne auprès du peuple, a été repris en 1939 par le dictateur espagnol Franco lors de son accession au pouvoir. Le mot Caudillo a donc souvent été interprété à tort comme l'équivalent de Führer ou Duce.

 

Annexes

Plan d'Ayala

Plan libérateur des fils de l'état de Morelos affiliés à l'armée insurgée qui défend l'accomplissement du Plan de San Luis, avec les réformes qu'il a cru bon d'ajouter pour le bien de la Patrie mexicaine.

Nous soussignés, constitués en junte révolutionnaire pour soutenir et réaliser les promesses que la révolution de 20 novembre 1910 dernier a faites au pays, déclarons solennellement à la face du monde civilisé qui nous juge et devant la Nation à laquelle nous appartenons et que nous aimons les propos que nous avons formulés pour en finir avec la tyrannie qui nous opprime et sauver la Patrie des dictatures qu'on nous impose, lesquels sont exposés dans le plan suivant :

1) Attendu que le peuple mexicain, commandé par Don Francisco I. Madero, est allé verser son sang pour reconquérir les libertés et revendiquer ses droits et non pour qu'un homme s'empare du pouvoir, bafouant les principes sacrés qu'il a juré de défendre sous la devise « suffrage effectif - pas de réélection« outrageant ainsi la foi, la cause, la justice et les libertés du peuple ; attendu que cet homme auquel nous nous référons est Don Francisco I. Madero, celui-là même qui a commencé la révolution précitée, qui imposa par norme gouvernementale sa volonté et son influence au gouvernement provisoire de l'ex président de la République Lic. Francisco de La Barra, causant par cet effet des effusions de sang répétées et des malheurs multiples à la Patrie, de manière dissimulée et ridicule, n'ayant pas d'autre visée que de satisfaire ses ambitions personnelles, ses instincts démesurés de tyran et sa désobéissance aux lois préexistantes émanées du code immortel de 1857 écrit avec le sang révolutionnaire d'Ayutla. Attendu que le prétendu chef de la révolution libératrice du Mexique; Don Francisco I. Madero, par manque d'intégrité et par la plus grande faiblesse, n'a pas mené à une fin heureuse la révolution qu'il a glorieusement commencée avec l'appui de Dieu et du peuple, puisqu'il a laissé debout la majorité des pouvoirs dirigeants et les éléments corrompus du gouvernement dictatorial de Díaz qui ne sont ni ne peuvent être en aucune manière la représentation de la souveraineté nationale et qui, étant nos plus âpres adversaires ainsi que ceux des principes qu'aujourd'hui même nous défendons, provoquent l'inconfort du pays et ouvrent de nouvelles blessures au sein de la Patrie pour lui donner son propre sang à boire ; attendu que le susmentionné Don Francisco I. Madero, actuel président de la République, tente d'éviter de tenir les promesses qu'il a faites à la Nation dans le Plan de San Luis restreignant les promesses précitées aux accords de Ciudad Juárez et par le moyen de fausses promesses et de nombreuses intrigues contre la Nation annulant, poursuivant, emprisonnant ou tuant les éléments révolutionnaires qui l'ont aidé à occuper le haut poste de président de la République; Attendu que le si souvent nommé Francisco I. Madero a essayé de faire taire par la force brutale des baïonnettes et de noyer dans le sang les pueblos qui demandent, sollicitent ou exigent l'accomplissement des promesses, en les appelant bandits ou rebelles, les condamnant à la guerre d'extermination sans concéder ni octroyer aucune des garanties que prescrivent la raison, la justice et la loi ; attendu également que le président de la République Francisco I. Madero a fait du suffrage effectif une farce sanglante aux dépens du peuple, soit en imposant à la vice-présidence de la République le Lic. José Maria Pino Suarez, ou les gouverneurs d'Etats désignés par lui comme le soi-disant général Ambrosio Figueroa, bourreau et tyran du peuple de Morelos ; soit en consommant une scandaleuse alliance avec le parti Cientifico, les propriétaires féodaux d'haciendas et les caciques oppresseurs, ennemis de la révolution par lui proclamée, afin de forger de nouvelles chaînes et de suivre le modèle d'une nouvelle dictature plus honteuse et plus terrible que celle dePorfirio Díaz ; car il a été clair et flagrant qu'il a outragé la souveraineté des états, foulant aux pieds les lois sans aucun respect pour les vies et les intérêts comme cela est advenu dans l'état de Morelos et d'autres encore, les conduisant à l'anarchie la plus horrible qu'enregistre l'histoire contemporaine. De part ces considérations, nous déclarons le susdit Francisco I. Madero inapte à réaliser les promesses de la révolution dont il fut l'instigateur car il a trahi les principes dont il s'est servi pour abuser la volonté du peuple et à l'aide desquels il a pu monter au pouvoir ; incapable de gouverner car il ne respecte ni la loi ni la justice des pueblos ; et traître à la Patrie qu'il a mise à feu et a sang en humiliant les mexicains qui désirent les libertés, afin de plaire aux Cientificos, propriétaires d'haciendas et caciques qui font de nous des esclaves et à partir d'aujourd'hui nous entamons la poursuite de la révolution par lui commencée jusqu'à l'obtention du renversement des pouvoirs dictatoriaux existants.

2) Pour les raisons ci-devant exprimées, le chef de la révolution et président de la République Monsieur Francisco I. Madero n'est plus reconnu comme tel et des efforts sont entrepris pour précipiter le renversement de ce fonctionnaire.

3) L'illustre Citoyen Général Pascual Orozco , second du Caudillo Don Francisco I. Madero, est reconnu comme chef de la révolution libératrice et au cas ou il n'accepterait pas ce poste délicat, le Citoyen Général Don Emiliano Zapata sera reconnu comme chef de la révolution.

4) La junte révolutionnaire de l'Etat de Morelos manifeste à la Nation par serment formel : Il est fait sien le Plan de San Luis avec les additions qui sont exprimées comme suit pour le bénéfice des peuples opprimés et qu'elle se fera le défenseur des principes qu'elle défend jusqu'à la victoire ou la mort.

5) La junte révolutionnaire de l'état de Morelos n'admettra ni transaction ni compromis avant d'avoir obtenu le renversement des éléments dictatoriaux de Porfirio Díaz et de Francisco I. Madero, car la Nation est lasse des hommes faux et des traîtres qui font des promesses comme des libérateurs et qui une fois arrivés au pouvoir, les oublient et se constituent en tyrans.

6) La partie additionnelle du Plan que nous invoquons consigne par écrit : Que les terrains, bois et eaux qu'ont usurpés les propriétaires d'haciendas, les Cientificos ou les caciques, à l'ombre de la justice vénale, seront repris immédiatement par les pueblos ou les citoyens qui possèdent des titres correspondant à ces biens immeubles et à ces propriétés dont ils ont été dépouillés par la mauvaise foi de nos oppresseurs, maintenant à tout prix, les armes à la main, la possession ci-mentionnée. Quant aux usurpateurs qui se considéraient comme ayant-droit (a ces biens immeubles) ils pourront recourir à des tribunaux spéciaux qui seront établis après triomphe de la révolution.

7) En vertu du fait que l'immense majorité des pueblos et des citoyens mexicains ne sont guère plus maîtres que du terrain qu'ils foulent et qu'ils souffrent les horreurs de la misère sans pouvoir améliorer en rien leur condition sociale ni pouvoir se livrer à l'industrie ou à l'agriculture car les terres sont monopolisées par quelques mains ; pour cette raison les puissants propriétaires de celles-ci seront expropriés après indemnisation préalable d'un tiers de ces monopoles afin que les pueblos et citoyens du Mexique obtiennent des ejidos, des colonias ou des fonds légaux pour créer des pueblos ou des champs pour semer ou pour travailler, et pour que, en tout et pour tous la prospérité et le bien-être des mexicains soit amélioré.

8) Les biens des propriétaires d'haciendas, des Cientificos ou des caciques qui s'opposeraient directement ou indirectement à ce Plan seront nationalisés et les deux tiers de ce qui leur correspond seront destinés aux indemnisations de guerres, pensions pour veuves et orphelins des victimes qui succombent dans la lutte pour le présent Plan.

9) Afin d'exécuter les mesures concernant les biens ci-mentionnés, des lois de désamortissement et de nationalisation seront appliquées selon le cas ; en effet celles qui furent mises en vigueur pour les biens ecclésiastiques par l'Immortel Juarez peuvent nous servir de modèle et d'exemple ; celle qui châtient les despotes et les conservateurs qui de tous temps ont prétendu nous imposer le joug ignominieux de l'oppression et de la régression.

10) Les chefs militaires qui ont pris les armes à l'appel de de don Francisco I. Madero pour défendre le plan de San Luis qui s'opposeraient par la force des armes au présent Plan seront jugés traîtres à la cause qu'ils ont défendue et à la Patrie car aujourd'hui nombre d'entre eux, afin de complaire aux tyrans et pour une poignée de sous ou par corruption ou subordination, versent le sang de leurs frères qui réclament l'accomplissement des promesses que Don Francisco I. Madero a faites à la Nation.

11) Les dépenses de guerre seront prises conformément à l'article 11 du Plan de San Luis Potosi et tous les procédés employés dans la révolution que nous entreprenons seront conformes aux instructions mêmes que détermine le plan mentionné.

12) Une fois triomphante la révolution que nous menons sur la vois de la réalité, unejunte des principaux chefs révolutionnaires des différents états nommera ou désignera un président intérimaire de la République qui préparera des élections pour l'organisation des Pouvoirs fédéraux.

13) Les principaux chefs révolutionnaires de chaque état désigneront en junte, le gouverneur de l'état auquel ils appartiennent et ce haut fonctionnaire organisera des élections afin d'installer dûment les pouvoirs publics et avec comme objet d'éviter des consignes forcées qui causent le malheur des pueblos comme par exemple la consigne bien connue d'Ambrosio Figueroa dans l'Etat de Morelos et d'autres encore, qui condamnent au précipice des conflits sanglants soutenus par le caprice du dictateur Madero et du cercle de Cientificos qui l'ont incité

14) ...se trouve dans l'article... avec liste des signataires...

15) Mexicains, considérez que la ruse et la mauvaise foi d'un homme versent le sang de manière scandaleuse, car il est incapable de gouverner ; considérez que son système de gouvernement garrote la Patrie et méprise, par la force brutale des baïonnettes, nos institutions ; et de même que nous avons empoigné nos armes pour l'élever jusqu'au pouvoir, de même que nous les retournerons contre lui car il a manqué à ses engagements envers le peuple mexicain et il a trahi la révolution par lui commencée, nous ne sommes pas personnalistes, nous sommes partisans des principes et non des hommes. Peuple mexicain, appuie ce plan les armes à la main et tu feras la prospérité et le bien être de la Patrie.
LIBERTE, JUSTICE et LOI.

Ayala, 25 novembre 1911 Signé : Général en Chef EMILIANO ZAPATA
Suivent de nombreuses signatures de ses lieutenants.

 

Lexique

Caudillo
Un caudillo est un leader politique, militaire et/ou idéologique en Amérique latine. On utilise ce terme pour nommer les chefs militaires et politiques qui ont pris le pouvoir dans certaines régions après l'indépendance des pays d'Amérique latine. La principale différence entre le caudillo et le dictateur est le besoin d'appui populaire; un caudillo est le produit d'une démocratie primitive dans laquelle les masses populaires suivent un leader qui représente les valeurs et l'identité de la région qu'il gouverne. En Amérique latine, ce terme peut avoir une connotation positive ou négative selon la position politique de la personne qui l'emploie.

Hacienda
Grande propriété foncière et agricole, en Amérique latine. Anarchisme : L'anarchisme est un mouvement philosophique et politique hostile à toute hiérarchie et autorité. L'anarchisme critique de manière radicale toutes les institutions coercitives : capitalisme, armée, police, famille patriarcale, religion... et surtout l'Etat dont il prône la disparition. Cette critique s'applique aussi à toutes les formes de domination qu'elles soient morales, sociales, économiques ou politiques; exemple : oppression de classe, de race, de sexe, d'orientation sexuelle, etc. La société que l'anarchisme souhaite mettre en place est basée sur des valeurs libertaires, sans domination, où les hommes émancipés et égaux coopèrent librement. Les libertés individuelles constitueraient la base de l'organisation sociale et des relations économiques et politiques. La liberté offre en effet à l'homme la possibilité de se réaliser pleinement et d'atteindre tout son potentiel. Il ne peut être totalement libre que si la société est constituée d'individus libres. L'anarchisme est aussi une philosophie qui refuse tout dogmatisme et met en avant l'autonomie de la conscience morale, au-delà des notions de bien et de mal définies par une quelconque institution ou « pensée dominante« . L'homme doit être libre de se déterminer par lui-même et de l'exprimer.

Dictature
La dictature est un régime politique arbitraire et coercitif dans lequel tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains d'un seul homme, le dictateur, ou d'un groupe d'hommes (ex : junte militaire). Le pouvoir n'étant ni partagé (pas de séparation des pouvoirs), ni contrôlé (absence d'élections libres, de constitution), les libertés individuelles n'étant pas garanties, la dictature s'oppose à la démocratie. Elle doit donc s'imposer et se maintenir par la force en s'appuyant sur l'armée, sur une milice, sur un parti, sur une caste, sur un groupe religieux ou
social.

Les Cristeros
Paysans catholiques insurgés au Mexique, qui dénoncent et prennent les armes et tiennent en échec le pouvoir fédéral anticatholique. Ce mouvement est né en 1925 du désespoir des fidèles dépourvus de leurs églises. Il prend fin en 1929.

Charro
Ce terme fait référence à un cavalier d'élite et dresseur sud américain. Le Charro mexicain traditionnel est connu pour les vêtements colorés et pour le type spécifique de rodéo, appelé charreada y coleadero. Au même titre que le Gaucho, le Charro fait partie d'une classe à part, prestigieuse et respectée, symbolisant l'honneur et la virilité.

Peones
Un ouvrier non qualifié agricole d'Amérique latine, lié dans la servitude à un créancier propriétaire.

Gaucho
Cavaliers de la pampa, que l'on peut considérer comme les équivalents sud-américains des cow-boys, et qui symbolisent la liberté.

Pampa
La pampa est une vaste prairie que l'on retrouve en Amérique du Sud seulement.

Sombrero
Chapeau à large bord porté en Amérique latine

Daguerréotype
Le daguerréotype est un procédé photographique mis au point par Louis Daguerre. A la différence des photographies modernes, il s'agit d'une image sans négatif, exposée directement sur une surface en argent polie comme un miroir.

Préhispanique
L'époque préhispanique correspond à la période antérieure à l'arrivée de Christophe Colomb en 1492 et à la domination espagnole et portugaise en Amérique du sud.

Mésoamérique
Cette expression désigne la partie du continent américain dominée par les Aztèques avant l'arrivée des Européens. Elle s'étend tout autour du Golfe du Mexique.

Autocratie
L'autocratie est un régime politique dans lequel le souverain tire ses pouvoirs et sa légitimité de lui-même. Son autorité ne connaît aucune limitation. L'autocratie est une forme de totalitarisme avec un pouvoir absolu et personnel.

 

Bibliographie

Supports papiers :

Bibliographie

  • Emiliano Zapata et la révolution mexicaine de John Womack, édition la Découverte/poche, 1969.
  • Villa, Zapata et le Mexique en feu de Bernard Oudin, édition Découvertes Gallimard Histoire, 1989.
  • Que sais-je? Le Mexique de Alain Musset, collection encyclopédique fondé par Paul Angoulvent, Puf, 2004.
  • Histoire du Mexique de Brian R.Hamnett, édition Perrin pour l'histoire, 1999.
  • Pancho villa et la révolution mexicaine XXe siècle de Manuel plana, édition casterman Giunti, 1993 livre d'Histoire de Jean-Michel Lambin, édition Hachette Education.
  • L'aigle et le serpent par Martin Luis Guzman, La croix du Sud collection dirigé par Roger Caillois, édition Gallimard, 1967, Roman.
  • L'ombre du caudillo par Martin Luis Guzman, édition Gallimard, 1930 (traduit de l'espagnol), Roman.
  • Le Mexique insurgé par John Reed, collection « voix » dirigé par Franchita Gonzales Batle, édition François Maspero, 1975.
  • Encyclopédie Universalis, édition 2002

Supports visuels

  • Zapata mort ou vif. Réalisation: Patrick Le Gall Production : les films d'ici, avec la participation de Ation Production, France 3, Filmoteca, UNAM, CNC. Distribution: ADAV/Les films d'ici France,1992, 52', couleur, documentaire.
  • La Véridique Légende du sous-commandant Marcos. Image de la culture: sciences humaines & faits de sociéte. Réalisation: Carmen Castillo, Tessa Brisac. Production: Anabase productions, La sept-Arte, Ina. Participation: CNC, Procirep. 1995, 64', couleur, documentaire.

Supports électroniques

 
 

Remerciements

Nous remercions pour ce TPE,
l'équipe pédagogique qui nous a suivis, Mme Biot, Mme Perrat et Mr Roche
ainsi que les documentalistes du CDI du lycée du Parc.

 

 
Lumière et ombre du caudillo

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37 pages - 4,5 Mo

Lumière et ombre du caudillo
par Virgile Guého-Texier et Martin-Geoffray Max

 

En savoir plus sur :

Zapata

Pancho Villa

L'histoire du Mexique