Histoire du Mexique

Tenochtitlán - Mexicó

« Arrête-toi, voyageur,
tu as atteint la région la plus limpide de l'air »
« Tenochtitlán : le marché de Tlatelolco » - Fresque de Diego Rivera au Palais National de Mexico (1952)
« Tenochtitlán : le marché de Tlatelolco »
Fresque de Diego Rivera au Palais National de Mexico (1952)

MEXICO. Le zócalo, la place centrale de la ville : depuis 650 ans, c'est le cœur de la ville et du pays. On voit le Palais National au centre qui s'étire sur plus de 200 mètres. Tous les soirs à 6 heure, la Garde Nationale vient y parader et honorer le drapeau national. A côté, la cathédrale « Metropolitana », la plus grande de l'Amérique latine, qui penche dangereusement sur ses fondations. Elle jouxte un grand temple aztèque, le Templo Mayor de l'ancienne Tenochtitlán, et d'autres constructions récemment mis à jour. Les deux temples sont fait de la même pierre, mais c'est avec le premier qu'on a construit le deuxième... ( En fait, par une coïncidence extraordinaire, c'est par un arrière petit-fils du dernier empereur Cuauhtémoc que ce temple fut découvert en 1978). La place du « Templo Mayor » est devenu un lieu de marché pour les artisans indiens. Vous pourrez y voir aussi les vestiges des deux sanctuaires qui la côtoient, l'un de couleur rouge consacré à Huitzilopochtli, le dieu de la guerre, et l'autre de couleur bleue, pour Tláloc, dieu de la pluie. On sait aussi que la pyramide, comme les autres pyramides mexicaines, est en fait la superposition de sept temples construits les uns par dessus les autres, ce qui explique ses dimensions gigantesques.

« La Pierre du Soleil » - Calendrier aztèque - Monolithe retrouvé dans le sous-sol de Mexico en 1790 - Mexique
« La Pierre du Soleil » - Calendrier aztèque
Monolithe retrouvé dans le sous-sol de Mexico en 1790

Ce sont des Aztèques, de la tribu des Mexicas, qui donnèrent leur nom à la ville et au pays. On sait qu'ils ont fondé Tenochtitlán, leur berceau et leur future capitale, vers 1350. Nous avons des dates précises, au jour près, car les Aztèques possédaient une écriture et un calendrier très efficace. Les scribes, comme en Egypte, consignaient et conservaient tout. Leur histoire est étonnante. Partis du nord, comme bien d'autres avant eux, la tribu d'à peine un millier d'hommes, est rejetée par tous les autres groupes ethniques qui peuplent la région. Leur périples les mènent sur les rives du lac de Texcoco où apparaît enfin le signe de la prophétie qu'ils attendaient : sur une petite île, un aigle qui fond sur un serpent et le dévore...

Embleme du mexique
L'emblème aztèque est devenu le symbole du Mexique

Cette scène est restée comme le symbole de la fondation du Mexique. On le trouve sur le drapeau nationale et aussi sur les pièces de monnaie. On comprend le symbole facilement. En moins de 150 ans, ce peuple belliqueux soumettra les peuples qui vivaient autour du lac de Texcoco, comme la fameuse cité unifié de Tlaxcala, puis les villes et les régions plus lointaines, imposant leur culte sanglant mais aussi leur style de vie raffinée. D'un village dans une plaine marécageuse, ils feront la plus grande ville du continent qui comptera 500000 habitants à l'arrivée des Espagnols. La ville surpassa alors toutes ses rivales en taille et en splendeur : le centre de cette partie du monde. Même dans ses rêves les plus fous, Christophe Colomb n'aura jamais soupçonné l'existence d'un tel royaume. Comme le raconte un des chroniqueurs de la Conquête :

« En voyant toutes ces villes et villages construits sur l'eau et sur les pourtour du lac et une chaussée parfaitement droite et de niveau qui conduisait à Mexico. Nous restâmes stupéfaits d'admiration et nous disions que cela ressemblait à ces choses d'enchantement qui sont racontées dans le livre d'Amandis... Je ne sais comment je le raconte ; voir des choses inouïes, pas même rêvées, comme nous le voyions... »

Bernal Díaz

Le plan de Tenochtitlán/Mexico publié en 1524 avec la deuxième lettre d'Hernán Cortès à l'empereur Charles Quint
Le plan de Tenochtitlán publié en 1524 avec la deuxième lettre d'Hernán Cortès à l'empereur Charles Quint

Hernán Cortès et ses soldats sont les premiers Européens à voir Tenochtitlán, la somptueuse capitale de Aztèques. Le ville était bâtie selon un plan rationnel, et l'organisation des activités humaines tellement bien réglée qu'elle étonna les envahisseurs qui ne connaissaient rien de tel en Europe. Les soldats Espagnols avaient vu une bonne partie de l'Europe et de ses splendeurs pendant leurs expéditions, mais Mexico dépassait en beauté tout ce qu'ils connaissaient. Découvrant cela, il était clair que les Espagnols n'allaient pas quitter ce lieu fantastique de si tôt. Il devait bien exister quelque part un trésor fabuleux comme personne n'en avait rêvé. L'empereur Moctézuma (on dit aussi Montezuma), puis son successeur Cuauthémoc, et malgré la supériorité numérique de son armée, devait bientôt s'incliner devant l'envahisseur disposant d'armes, de chevaux et d'armures. Il faut dire que les Aztèques ne tuaient pas leurs adversaires durant le combat. Ils préféraient les capturer vivants et en bon état pour pouvoir ensuite les sacrifier aux dieux. Ils furent horrifiés par la violence sauvage des Espagnols qui ne faisaient pas de quartier. Cela les démoralisa beaucoup.

De plus, les Aztèques étaient très superstitieux. Une comète, des navires inconnus aperçus au large du Yucatán, des présages et une prédiction parlant du retour de Quetzalcoátl, le dieu blanc : tout annonçait la fin du cycle du « Cinquième Soleil ». La fin du monde est proche. Hernán Cortès arriva donc au bon moment. Il comprit rapidement l'avantage qu'il pouvait tirer de cette situation exceptionnelle : pour un temps, il se fit passer pour Quetzalcoátl. Arrivé à Tenochtitlán, il fut reçu avec tous les honneurs dus à un Dieu... Belle histoire...

Mais on sait aujourd'hui que tout ne fut pas si simple et que Moctézuma, représenté de manière si pitoyable par la légende espagnole, celle des vainqueurs, ne fut pas si dépendant du destin qu'on voulut bien lui donner... On sait qu'en l'année 1487, pour célébrer et consacrer le Grand Temple de Tenochtitlán (el Templo Mayor), Azhuitzol, le souverain des Aztèques, livra aux Dieux le sang de 20000 hommes (!) sur le monument immense accueillant les représentations des divinités sculptées dans des matières précieuses, des masques en mosaïques de turquoises, des dagues d'obsidienne et un cœur en diorite (que l'on a retrouvé sur place bien plus tard)... et les prètres portant des bijoux fastueux fait d'or pour mener à bien leur lourde obligations... Ahuitzotl est mort en 1502 et a été remplacé par son neveu, Moctezuma II. Loin du roi naïf et enfermé dans sa tradition, il fait preuve d'un grand sens politique. Dès son élection, il réorganise la cours du Palais et fait inviter les chefs des cités soumises des alentours pour son couronnement. Il poursuivit la stratégie de conquête de ses prédécesseurs et étendu son empire sur presque tout le centre du Mexique. Il obtenait ainsi aussi les prisonniers nécessaires à l'assouveissement de leurs cérémonies sacrificielles qui prenaient de plus en plus d'ampleur et de faste... Devant les seigneurs alliés qui revêtaient à cette occasion une peau humaine (comme lors de la fête de Xipe Totec), les prêtres arrachaient le cœur des des victimes pour les jeter dans une grand feu sacré et immolaient par la même occasion des enfants qui avaient le pouvoir de régénérer la Terre et le Soleil.

Moctezuma a sûrement reçu Cortès en vertu de l'hospitalité d'usage réservée aux ambassadeurs étrangers et ce n'est qu'après qu'il se retrouve prisonnier par les espagnols qui ne pensaien pas pouvoir « prendre » la ville. Sa mort reste cependant encore en partie mystérieuse : harraguant ses sujets de Tenochtitlán pour leur demander de se soumettre aux envahisseurs, la foule lui aurait alors lancé des pierres le tuant sur le champ. On soupçonne, en coulisse, son cousin Cuauthémoc ayant choisit de rebeller, d'avoir finalement laisser faire le régicide... On dit aussi qu'il aurait été assassiné par les Espagnols, ainsi que tout son entourage, lors de leur fuite précipité, le soir de la Noche Triste.

Dessin representant les Conquistadors...
Cortés et sa troupe arrivant à Tenochtitlán...
« ...(Ils) avaient de tout temps planifié les événements à suivre, prévu la future histoire.
Dans les nuages de la théocratie, ils avaient consulté les oracles, interprétés fumées et comètes ;
ils s'étaient mis à rêver pour trouver dans leurs songes la clef de l'énigme des nouveaux arrivants,
et nous étions leur rêve. »

Pino Caccuci

« La ville possède de nombreuses places où se tiennent en permanence des marchés à ciel ouvert om tout s'achète et se vend... Des barbiers vous lavent et vous coupent les cheveux. Des marchands vous proposent à manger et à boire. Il y a des porteurs, comme en Espagne, qui sont là uniquement pour vous porter vos paquets. On y trouve en vastes quantités du bois, des braseros en terre cuite, des tapis de toutes sortes, certains pour la literie, d'autres, plus fins, pour les sièges, d'autres encore pour orner son entrée ou ses appartements. On y trouve aussi une grande variété de légumes, en particulier des oignons, des poireaux, de l'ail, du cresson et du cresson de fontaine, de la bourrache, de l'oseille, des artichauts, des salsifis. Toutes sortes de fruits, y compris des cerises et des prunes. Ils vendent du miel d'abeilles... des écheveaux de coton dans une myriade ce couleurs... Le maïs est vendu en grains et sous forme de pain... On peut acheter des petits pâtés de gibier, des tourtes de poisson, énormément de poisson, frais ou salé... Des œufs de poules, d'oies et d'autres volatiles, ainsi que des omelettes toutes prêtes. »

Extrait d'une lettre d' Hernán Cortès à Charles Quint de 1520 où il décrit un marché de Tenochtitlán.

Cette description reste toujours valable aujourd'hui...

Tenochtitlan, la vie des Aztèques - Fresque de Diego Rivera - Agrandir le tableau...
« Tenochtitlán » - Fresque de Diego Rivera

Cortès avait aussi su mettre de son côté les tribus soumises de la région, comme celle de Tlaxcala, qui ne supportaient plus les exactions de leurs maîtres aztèques. Trop de sacrifiés, trop d'humiliations... Ils réclamaient vengeance ; ce qui fut fait. Aidé de 450000 alliés Indiens, et après 2 ans de siège, Tenochtitlán tombe le 13 août 1521. La défaite du dernier empereur aztèque Cuauhtémoc marque la fin d'une époque et d'un monde. Tenochtitlán fut rasée et rebaptisée : l'ancienne cité s'appemmera désormais Mexico...

« Les Espagnols vinrent tout bouleverser.
On ne peut pas dire qu'ils firent les choses à moitié.
En l'espace de quatre ans, la ville fut successivement détruite et reconstruite,
les lacs drainés, les lagunes comblées, les canaux asséchés, les forêts décimées.
Le paysage se mit à ressembler aux collines dénudées de Castille... »

Sybille Bedford

Reconstitution du « Templo Mayor » de Tenochtitlán...
Reconstitution du l'enceinte sacrée de Tenochtitlán
Musée du « Templo Mayor » - Mexico

Les Espagnols vinrent tout bouleverser. Tenochtitlán devait changer radicalement de visage... Le grand temple fut détruit.... En l'espace de quatre ans, la ville fut successivement détruite et reconstruite, les lacs drainés, les lagunes comblées, les canaux asséchés, des ponts construits, les forêts commençaient à se clairsemer. « Le paysage se mit à ressembler aux collines dénudées de Castille »... Ces bouleversements devaient avoir de fâcheuses conséquences : une épidémie de choléra tuera 9000 Espagnols en 1528. Seule demeure pendant un temps, au milieu d'un immense chantier permanent, la gigantesque pyramide du Templo Mayor qui n'a pas pu être détruite... S'enfonçant progressivement mais sûrement dans le sol humide, elle finira par disparaître de la surface de la terre au point qu'on ne saura plus la localiser (jusqu'en 1978 où elle fut redécouvert quasiment sous la cathédrale de Mexico). Il ne reste plus rien de la splendeur de Tenochtitlán et seule une maquette au Musée du templo Mayor permet de se faire une idée de la mythique capitale aztèque.

« La Vallée de Mexico » - José María Velasco - 1875 - Mexique
« La Vallée de Mexico, depuis le mont Santa Isabel »
Peinture de José María Velasco vers 1875

Le Mexique est le mélange des ses trois cultures : indienne, européenne et nord-américaine. Ce qui paraît avoir été un handicap pendant des siècles, « cette tragédie permanente », peut être une force dans l'avenir. Il faut aller à Mexico, quoi qu'on en dise, car là on rencontrera tout ce qui fait le charme et la richesse du Mexique. On n'oubliera pas que Mexico est aussi la capitale culturelle de toute l'Amérique Latine.

« Tandis qu'une partie du Mexique a les yeux rivés sur les Etats-Unis,
une bonne partie de l'Amérique latine tourne ses regards vers Mexico »

Pino Cacucci

Pour en savoir plus sur Mexico - Tenochtitlán

La ville fantôme de la conquête aztèque - Article du Monde( 23 juin 2014 par Nicolas Constans)

http://archeo.blog.lemonde.fr/2014/06/23/la-ville-fantome-de-la-conquete-azteque/

« Mexico, Aujourd'hui »

« Les Aztèques »

« La Conquête »

« Hernán Cortès, le vainqueur des Aztèques »