Artistes mexicains

Les peintures murales au Mexique

Il existe au Mexique un métier très estimé : c'est celui de peintre, depuis toujours. Partout dans les villes et les villages, on peut voir des peintures murales, que ce soient des publicités, des façades de magasins ou des fresques plus politiques ou surtout religieuses. C'est un métier plus qu'un art, car le peintre ne fait la plupart du temps qu'exécuter une commande ou se contente de reproduire un dessin publicitaire ou un logo pour des boissons populaires comme Coca-Cola ou Corona.

On ne s'en rend pas compte au premier d'œil mais il s'agit bien de peintures. Ici, le papier coûte cher et les pluies torrentielles du printemps les détruiraient rapidement. Le plus simple et le moins cher, c'est de peindre directement sur les murs... Ces fresques murales sont l'un des éléments les plus marquants du patrimoine mexicain et font parties de la vie de tous les jours pour les Mexicains.

Fresque publicitaire - Mexico
Publicité murale à Mexico

L'art populaire mexicain s'exprime donc d'abord sur les murs. Ce sont ces fresques que l'on ne manque pas de voir dans toutes les villes du pays. On ne les trouve jamais au hasard et on est toujours surpris de tomber sur elles là où on ne s'y attend pas. Les thèmes religieux sont les plus fréquents. Ils offrent une large palette de thèmes qui accrochent immédiatement le regard. Ce sont toujours des peintures figuratives, narratives, intemporelles qui utilisent l'allégorie. Et désormais à droit de cité un peu partout à travers le monre...

« La mère et l'enfant » - Fresque murale à Chapala - Mexique
« La mère et l'enfant » - Fresque murale à Chapala

« La mère et l'enfant » que l'on peut traduire aussi comme une « Vierge à l'Enfant », douce et triste, rappelle à chacun ses devoirs maternels et religieux. On rencontre souvent un Christ au regard profond ou à l'attitude dramatique. Ces œuvres sont souvent de la même facture, stéréotypées, mais le peintre s'offre quelques libertés pour faire apparaître son style et son talent. Ce sont parfois de gigantesques fresques qui s'étalent sur plusieurs dizaines de mètres mettant en scène les légendes bibliques ou la geste des héros de la Révolution de 1910. L'artiste prend soin d'apposer dans le bas son nom et ses coordonnées. C'est sa meilleure publicité.

Fresque murale à Ixtlán - « Los Peones »
« Los Peónes » - Fresque murale à Ixtlán

Le thème du « peón », du paysan astreint à son dur labeur, est récurrent comme dans cette ruelle d'Ixtlán. Ici, on peut voir que le style est plus « moderne », et l'on s'approche d'un certain symbolisme qui n'a rien de religieux. Le mur défraîchi accentue la gravité de la scène. C'est une manière de contrebalancer l'importance des peintures religieuses : le gouvernement est laïque. La fresque est un moyen simple et puissant pour faire passer des messages et des symboles. Ici, on exalte les forces vives des travailleurs qui luttent contre une nature hostile, rebelle à tout apprivoisement. La réforme agraire est toujours en marche. Bref, tous ces thèmes qui sont les enjeux principaux de la Révolution Nationale.

« Du porfirisme à la Révolution » par Siqueiros (1957 - 1966)
« Du porfirisme à la Révolution » - David Alfaro Siqueiros - (1957 - 1966)
Musée nationale d'histoire de Mexico
« Sous la main ferme des peintres, l'homme sans culture reprend espoir. »
La signature de David Alfaro Siqueiros...

L'art de la fresque est une tradition chère aux Mexicains, depuis longtemps. Les Aztèques, et avant eux les Toltèques, peignaient déjà des fresques représentants leurs héros et leurs dieux. Ces témoignages ont pour la plupart disparu même si on en découvre encore à Teotihuacán et dans les temples des autres sites précolombiens. On peut en voir quelques-unes, souvent largement restaurées, comme au musée d'Anthropologie de Mexico. D'ailleurs, les artistes contemporains n'hésiterons pas à utiliser la style de ces Précolombiens.

Fresque de Bonampak (détail)
Fresque de Bonampak
Chef d'œuvre de l'art Maya classique (Détail)

Cette forme d'art particulière au Mexique a trouvé ses lettres de noblesse dans les années 20, après les remous de la Révolution de 1910. On peut parler d'une véritable « Renaissance » de l'art mexicain. Tous commence à l'Ecole Nationale Préparatoire de Mexico (1921-25) avec Diego Rivera, David Alfaro Siqueiros et José Clément Orozco. On parle alors du « Mouvement Muraliste » ou « Fresquiste ». L'idée vient de loin puisqu'il s'agit de « Récupérer les murs pour s'exprimer » et de contourner ainsi la censure officielle, longtemps en vigueur ici. L'art se met au service des revendications sociales. Ce mouvement pictural finira par devenir l'expression même de l'esprit et de la culture mexicaine. Une peinture publique et monumentale, au caractère expressif et réaliste, visant à éduquer les masses par l'intermédiaire de messages simples et universels, accessibles à tous car visibles de tous. Un art libéré et libérateur. Le Palais National à Mexico, ou plus généralement tous les bâtiments administratifs et même les murs aveugles des villes, sont souvent décorés de fresques relatant l'histoire du pays et les événements dramatiques qui l'ont jalonnés. C'est pour cela que l'on peut dire que, plus qu'ailleurs, les murs sont comme des livres.

« Le muralisme mexicain a prétendu donner une vision de l'Histoire,
par le biais d'un art naif accessible à tous les types d'observateurs, y compris les analphabètes. »
« Catharsis » - Palais des beaux-arts de Mexico (1934)
« Catharsis » - (1934)
Palais des beaux-arts de Mexico

On connaît Diego Rivera (1886-1957) et sa compagne Frida Kahlo qui ont donné ses lettres de noblesse à un art puisé dans les sources de la tradition et de l'artisanat populaire. Tous deux restent des modèles pour les mexicains. Comme beaucoup d'autres artistes mexicains, ils s'inspirent beaucoup des gravures de José Guadalupe Posada, cet illustrateur qui se fera connaître en dessinant ses fameux « calaveras » (les crânes mais aussi les squelettes...). Posada restera une référence pour tous ces peintres attirés par un art qui ne vise pas la beauté mais l'efficacité. L'art contemporain, souvent attiré voire fasciné par le thème de la mort et de la résurrection, lui doit beaucoup car c'est lui qui le premier aborda ces thèmes en les détournant de leur valeur dramatique et religieuses pour en quelque sorte les « laïciser ».

Calavera « Don Quichotte » José Guadalupe Posada
Calavera « Don Quichotte »

De Frida Kahlo, André Breton, fortement impressionné par sa peinture, écrira un jour : « Son art est un ruban autour d'une bombe ». On n'en doute pas, mais encore faut-il connaître sa vie de souffrance... Et Diego Rivera, « le bébé monstrueux » selon l'expression d'un historien de l'art : un génie. Ici, on le compare à Picasso. D'ailleurs, il le dira lui même : « Je n'ai jamais cru en Dieu, mais je crois en Picasso ». Il a été presque aussi prolifique. Il passa par Paris dans sa jeunesse et y rencontra les plus fameux troublions de la place. Il a peint les fresques monumentales du Palais National de Mexico qui représentent toute l'histoire du Mexique (dans les années 1930). Et c'est sous le regard de Marx et de Lénine qu'à cette époque étaient accueillis les diplomates étrangers venu rencontrer le président mexicain... Il est considéré comme le symbole même de la « mexicanité ».

L'histoire du Mexique - Fresque de Diego Rivera - Palais National - Mexico
« L'histoire du Mexique »
Fresque de Diego Rivera - Palais National - Mexico

Dans ce Palais National, vous pourrez voir aussi des fresques de José Clément Orozco (1883-1949) qui a peint là son fameux « Hidalgo, Père de la patrie » qui est d'une force expressive saisissante. Pour la Cour Suprême de justice, il n'hésite pas représenter le palais lui-même mis à sac par le peuple en colère maudissant une Justice aux yeux bandées frappant les magistrats corrompus ! Un nouveau style était né, rejetant toutes les conventions en vogue en Europe. Une peinture qui ne se contente pas d'être belle mais qui vise surtout à réveiller l'âme. Au milieu du siècle, on achetait ces œuvres jusqu'à Paris pour leur grande originalité et leur coté « fantastique ».

On y retrouve souvent ce fameux goût mexicain pour la morbidité. O'Gormann et ses travaux pour la bibliothèque de l'Université, David Alfaro Siqueiros (1896-1974) et son fameux Polyforum (et qui tenta d'assassiner Trotski...), Rufino Tamayo (1899-1991) qui participa à la décoration du palais de l'UNESCO à Paris et qui réussi à prouver que le muralisme était loin d'être à bout de souffle. Souvent ces œuvres apparaissent chargées de lourds symboles et dont le slogan le plus modeste et le plus sûr serait « faire de l'art, c'est faire acte de présence ». Aujourd'hui, on pense à leurs successeurs : Gabriel Orozco, Jesús Guerrero et Carlos Merida. Mais aussi aux sculpteurs et architectes comme Ehrenberg, Goeritz et aujourd'hui Luis Berga, et Matta ont su créer un art typiquement mexicain.

Les enfants d'Ixtlán devant un mural religieux - Jalisco - Mexique
Les enfants d'Ixtlán devant un mural religieux - Jalisco - Mexique

Il est à remarquer que, rapidement après la conquête et la christianisation forcée du pays, les Indiens se sont montrés très doués pour le dessin et la peinture. ils aidèrent les moines à construire puis à peindre les édifices religieux qui devaient attirer le maximum de personnes. Souvent, ils ont été excellents et ont su imprimer leur « patte » dans des œuvres qui ne leur appartenaient pas et qui allaient les couper de leurs racines. On peut s'amuser à y trouver des figures typiques comme des soleils souriants ou des lunes grimaçantes dans des recoins de beaucoup de tableaux et de décorations que l'on trouve dans les vieilles églises. Ce sont bien sûr des motifs païens totalement étrangers à l'art religieux espagnol. Leur présence est-elle volontaire de la part des artistes Indiens ou bien est-ce les souvenirs inconscients du passé qui n'ont pas été suffisamment réprimés pour pouvoir encore s'exprimer là, discrètement. Comme un dernier défi inutile à leur nouveau dieu. Une manière de lutter contre l'oubli.

« Catharsis » - Palais des beaux-arts de Mexico - 1934
« Catharsis » (1934) - Palais des beaux-arts de Mexico
« Orozco n'a pas posé de limites à sa férocité satirique,
fustigeant de manière grotesque l'ingénuité des peuples
et la démagogie des gouvernants. »
« Même quand il célèbre les pères de l'Indépendance,
il ne renonce pas à cet anarchisme amer qu'il exprimait
de son vivant par le silence et la solitude. »

Pino Cacucci

Cet art muraliste, si typiquement mexicain, a trouvé désormais son nom « muralisme » et il a trouvé des échos partout à travers le monde. On pense bien sûr aux Etats-Unis où on retrouve ce courant au début des années 70 dans les grandes villes. Ce sont les mêmes raisons qu'au Mexique qui font apparaître des fresques sur les murs : les revendications des minorités (Blacks et Chicanos) qui n'ont pas la puissance financière pour s'exprimer et ne trouvent que les murs pour revendiquer. A Watts, à Los Angeles, où les immigrés mexicains sont nombreux, on peint les enfants du quartier aux visages multicolores. On exalte la solidarité. A Harlem, New-York, ce sont les portrait de Malcolm tué par ses frères ou de Joe tué par erreur par des dealers... Les rappers des années 80 intensifieront le tir et leur champ d'action. Ailleurs, on retrouve, dès les années 60, cet art de la fresque au service de la politique et de la résistance comme en Irlande du Nord. Ici, la confrontation n'est pas terminée. Par endroit, les symboles territoriaux et guerriers sont devenus les seules formes d'art que l'on se permet de tolérer dans les rues.

D'un autre côté, cet art de la fresque est devenu universel. Et plus pacifique. Aujourd'hui, on pense évidemment à Bansky et aussi à Eric Grohe... Mais dans le fond, les revendications sont toujours là. On pense au « Zidane » de Marseille, au « Jean Moulin » de Lyon, au « Jack Nicholson » de Nantes et aux autres qui commencent à apparaître en France. Je pense à Ernest Pignon-Ernest par exemple pour la France qui y fait figure de précurseur. Je pense aussi à Paul Bloas, qui a posé ses œuvres à Brest et ailleurs dans le monde... Avec ses bonshommes qui hantent les murs de la ville, il a su à sa manière transcender le genre et poursuit cet forme d'art populaire qui, après tout, reste immémorable.

Fresque d'Annie Cesano à Los Angeles (USA)
Fresque d'Annie Cesano à Los Angeles (USA)
Fresque murale sur dalle dans la pyramide du Soleil à  Teotihuacan...
Fresque sur dalle dans « la pyramide du Soleil à Teotihuacán »

Pour en savoir plus sur les peintures murales du Mexique

Les articles de Wikipedia

« Muralisme mexicain »

« Peinture murale »

www.edelo.net/mexique/mex_mural.htm

Les articles connexes sur ce site

« L'histoire de l'Art Mexicain »

« José Guadalupe Posada »

« Diego Rivera »

« Frida Kahlo »

« David Alfaro Siqueiros »

« José Clemente Orozco »

« Rufino Tamayo »