Decouverte du Mexique

Le Volcan Paricutín (Michoacán)

Le Volcan Paricutín - Michoacán
Le volcan Paricutín
« Le Paricutín est le plus beau spectacle du monde.
Aussi beau que le Vésuve, à mon avis.
Supérieur même, pendant ses phases d'activité plus violentes »

Article du National Geographic - 1944

Le Mexique est un pays dangereux. Un pays jeune que la nature est en train de façonner sous nos yeux. Parfois brutalement. Le Mexique se situe à la conjonction de deux plaques tectoniques. En se rencontrant, elles ont produit la longue chaîne de montagnes qui s'étend de l'Alaska jusqu'à la Terre de feu au sud du Chili. Ici, elles ont formé les deux grandes « Sierra Madre » et le grand plateau central qui les sépare. Ce sont les mouvements rapides de l'écorce terrestre qui provoquent des tremblements de terre quotidiens et donnent naissance aux nombreux volcans que l'on trouve au Mexique. Ceux-ci font partie d'un vaste ensemble caractéristique nommé « Ceinture de feu », qui se prolonge jusqu'au Japon. Les plus connus, car les plus grands, sont le Popocatépetl près de Mexico (5452 m, et qui fut l'objet d'expéditions espagnoles dès l'époque de la Conquête !), l'Orizaba (ou Citlāltepētl, 5700 m, soit le plus haut volcan de toute l'Amérique) et l'étonnant pas sa forme Iztaccíhuatl (du nahuatl « femme blanche », 5296 m) qui dominent la ville de Mexico. Mais celui qui a le plus intéressé les vulcanologues de ce siècle est le célèbre volcan Paricutín; tout simplement parce qu'ils ont pu assister à sa naissance !

La naissance du volcan Paricutín - US National Archives Arno Brehme
Le paysage près du volcan Paricutín...

On connait l'importance que tous ces volcans (et tremblement de terre...) pour les Mexicains et les civilisations précolombiennes. Et les légendes qui leurs sont associées dont notamment celle-ci :

Dans la mythologie aztèque, Iztaccíhuatl était une princesse qui tomba amoureuse d'un soldat de son père,. Le souverain envoya ce militaire guerroyer dans l'État d'Oaxaca, lui promettant sa fille comme épouse s'il revenait victorieux de l'expédition (ce que le roi ne désirait pas). On raconta à la princesse Iztaccíhuatl que son amant était mort, mais son chagrin fut si grand qu'elle y laissa la vie. Or le valeureux guerrier s'acquitta avec succès de sa mission, et c'est en rentrant qu'il apprit la mort de la princesse. Ne supportant pas la perte de sa promise, il succomba à son tour. Les dieux les recouvrirent alors de neige et les changèrent en montagnes. Celle d'Iztaccíhuatl fut nommée « femme blanche » parce qu'elle ressemblait à une femme allongée sur le dos. Quant à lui, il devint le volcan Popocatépetl, faisant pleuvoir du feu sur la Terre en signe de rage, après la disparition de sa bien-aimée. Une légende différente, impliquant le Nevado de Toluca, est décrite sur la page du Popocatépetl.
Le paysage près du volcan Paricutín - Michoacán - Mexique
Le paysage près du volcan Paricutín...

C'était en février 1943, près du village de San Juan, ou Parangaricutiro selon la dénomination indienne, dans la province centrale du Michoacán qui est une zone très montagneuse et truffée de volcans. Un matin, un modeste paysan, Dionisio Pulido, et sa femme qui labouraient leur champ de maïs eut soudain un drôle de sensation. Il se passait quelque chose de pas normal au milieu de son champ, au lieu-dit « Cuitzyutziro ». Il lui fallut un peu de temps pour se rendre compte qu'une petite butte s'était formée là, sans crier gare. Mais, de jour en jour, la butte enflait, enflait, au point de former, tout d'abord un monticule de quelques mètres... puis, neuf mois plus tard, une montagne de 460 mètres de haut ! La pression augmenta l'explosion finit par arriver... Une coulée de lave sortit du cône, progressant à la vitesse de 5 km/h le long de la pente... engloutissant les restes du champ et la ferme voisine. Quatre jours après l'éruption, le cône mesure 60 mètres de haut et des scories incandescentes sont projetés à plus de 500 mètres de haut pour retomber sur tous les alentrours.

Le Volcan Paricutín - Michoacán
Le volcan Paricutín - Le versant ouest

A cette époque, l'histoire de ce volcan se propagea rapidement autour du monde et les vulcanologues alertés redoutèrent le pire dès les premiers symptômes décrits par les personnes sur place... Le pire qui finit bien par arriver. Le sommet du cône volcanique explosa violemment projetant des cendres à des kilomètres à la ronde. Une coulée de lave dévala les pentes du monstre pour se diriger vers le pauvre village de San Juan qui heureusement avait été évacué à temps par les autorités.

Dans le détail de l'évènement, la phase éruptive la plus violente durant plusieurs semaines, de juin à août 1943. Les habitants des villages de Paricutín (environ 730 à ce moment là) et de San Juan Parangaricutiro (près de 2000), situés respectivement à 2 et 5 km du cratère en formation, sont contraints à l'exode sans attendre... Il faut dire que l'éruption est partie pour durer 9 mois durant et que la lave s'épenchant du monstre finira par recouvrir une superficie de plus de 20 km² dont l'essentiel était de terres cultivables ! La lave fluide et brûlante submergea toutes les demeures du village San Juan Parangaricutiro et seule l'église résista à ses assauts. On parla alors d'un miracle... que l'on peut toujours aller contempler. Les gens du pays continuent encore aujourd'hui à venir fleurir l'église et à vénérer les morts victimes du drame (en tout, frappées par les éclairs émanant du panache de cendres) et qui ont trouvé là désormais un sanctuaire éternel.

L'église ensevellie de San Juan Parangaricutiro près du volcan Paricutín
L'église ensevelie de San Juan Parangaricutiro

Par la suite, le volcan connut plusieurs phases de réveil, moins brutales certes, mais tout aussi inquiétante pour les habitants de la zone. En 1948, tout semblait rentré dans l'ordre... Mais 3 ans plus tard, de nouvelles éruptions, plus légères, recommençèrent pendant plusieurs mois. Et, depuis 1974, tout s'est figé... pour combien de temps encore ?

L'église ensevellie de San Juan Parangaricutiro près du volcan Paricutín
L'église ensevelie de San Juan Parangaricutiro

Il est possible d'aller visiter ce volcan Paricutín et ce qui reste de San Juan Parangaricutiro. En partant de la ville d'Uruapan (Michoacán), s'arrêter à Angahuan. On aura déjà aperçu sa forme massive et noire par les fenêtres du bus. A peine sorti du véhicule, vous serez attendus par une foule de paysans qui vous proposeront leurs services. Pour quelques billets, ils vous loueront un cheval et vous guideront. Il faut deux heures pour atteindre le volcan à travers un paysage étrange, comme lunaire, car encore essentiellement composé des cendres noires et des blocs de roches basaltiques provenant de l'éruption. Mais, avec le temps, la nature végétale reprend lentement ses droits.

 

Il n'est pas conseillé d'escalader le volcan... mais il faut le tenter, puisqu'on y est. L'ascension est pénible car la pente est raide et faite de cendres pulvérulentes. C'est encore pire que de marcher sur du sable. Pour deux pas que l'on fait on recule d'un... Et se met à regretter l'initiative. On ressent rapidement aussi le manque d'oxygène car nous sommes en altitude, à près de 3000 mètres. Le plus dangereux, ce sont les fumerolles à l'odeur écœurante qui s'échappent par endroits du sol : elles sont imprévisibles. On risque à chaque instant d'en essuyer une qui vous fait tomber dans les pommes et, pour peu que l'on soit seul (le guide ne vient pas avec vous), on peut y rester, vraiement ! Mais qu'elle joie au bout de vingt bonnes minutes d'arriver en haut : l'exploit !

Au sommet du volcan Paricutín...
Au sommet du volcan Paricutín...

Arrivé au sommet, vous serez accueillis par des corbeaux énormes et belliqueux qui n'aiment pas être dérangés. Ils n'hésiteront pas à frôler votre tête de leurs ailes. Leurs croassements sont la seule chose qu'on entend ici. Il y a aussi, sur le point le plus haut, une grande croix blanche couverte de graffitis qui défie le monstre. Il y est inscrit la date du triste événement de l'explosion. Le monstre n'est pas encore mort. Le fond du cratère est encore fumant et l'on y voit parfois de petites bêtes qui s'y affairent... La vue panoramique est époustouflante. On aperçoit des villages lovés aux pieds de montagnes qui s'étendent à perte de vue...

On différencie ces monts aux sommets pointus des volcans qui, eux, sont arrondis. On remarque alors que nous sommes au milieu d'une véritable pouponnière. Ici, tous les millénaires, la terre a fait naître un tel montre (« volcanes más antiguos » me dira le guide...). Au loin, on distingue la forme caractéristique du volcan de Colima, à 80 kilomètres d'ici ! La descente est rapide. Sur la photo, on repère le chemin à prendre (photo plus haut...). Mais il faut être prudent. En dévalant la pente raide, on se laisse griser par la vitesse et on a tôt fait de tomber et de se rompre le cou...

L'éruption du volcan Paricutín - Photographie de 1943
« L'éruption du volcan Paricutín » - Photographie de 1943

Au retour, on passe près de l'église de San Juan, mais on ne peut y accéder qu'à pied car le chemin chaotique est impraticable pour un cheval. On se frotte les yeux et je vous garantis que l'endroit est réellement surréaliste. La lave a pénétré dans l'édifice... Les enfants d'Anguhuan viennent y jouer sans se soucier des touristes. Même si l'église tombe en ruine, on vient toujours y prier, car on abandonne pas une église. Autour, on verra que la nature reprend tranquillement ses droits. Et, si on aperçoit parfois une petite chose noire virevolter frénétiquement autour des petits arbustes, ne vous inquiétez pas, ce n'est pas un effet de la fatigue, il s'agit sûrement d'un petit colibri qui cherche sa nourriture. Même s'ils sont très nombreux par ici, il est difficile de les apercevoir tellement leur vol et leurs mouvements sont rapides. Si la nuit approche déjà, le guide vous demandera, si ça ne vous dérange pas, de rentrer au village au galop...

L'éruption du volcan Paricutín par le Docteur Atl...
« Le volcan Paricutín » - Peinture du Docteur Atl

En savoir plus sur le Volcan Paricutín

La très belle page documentée de Bernard Duyck

www.earth-of-fire.com/article-les-plus-jeunes-volcans-de-la-planete-1-le-paricutin-115562419.html

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