Artistes mexicains
José Clemente Orozco

José Clemente Orozco

Ciudad Guzman 1883 - Mexico 1949

La signature d'Orozco
« L'art est un savoir au service de l'émotion. »

José Clemente Orozco

José Clémente Orozco naît le 23 novembre 1883 à Ciudad Guzman, au sud de Guadalajara, mais il passera son enfance à Mexico. Il s'intéresse à l'art en découvrant Posada, le célèbre illustrateurs mexicains qui fait les manchettes des journaux d'opposition au gouvernement de Porfirio Díaz. Il dessinera lui aussi des « Calaveras », les squelettes popularisés par Posada et qui font rire tout le pays. Il étudie et perfectionne son style à la fameuse Académie San Carlos mais, curieusement, il finit par suivre des études d'ingénieur agronome d'où il sort diplômé en 1908. Mais il s'est décidé, il sera peintre (en fait, il semble qu'il ait pris cette décision après un accident dans un laboratoire de l'école, à 17 ans : il y perdit sa main gauche... Ses premières peintures annoncent son oeuvre. Il se rallier au mouvement révolutionnaire de 1910. Il réalise des dessins que l'on peut qualifier de propagandiste où il affirme son style agressif et novateur, publiant notamment ses caricatures dans la revue « La Vanguardia » dirigée par le fameux « Docteur Atl » (Geraldo Murillo).

Mais, il est plus qu'un simple caricaturiste. C'est un intellectuel et il sait que l'art peut propager des idées. A San Carlos, il a étudié Michel-Ange et admiré son génie pour peindre les corps humains. Il s'est intéressé aussi à la statuaire grecque et latine, il connaît ces corps qu'il a dessiné dans tous leurs détails. Pour les grecques, c'est la force naturelle qui les traversent qui l'inspire. Les latines sont plus charnelles, plus émouvantes, elles cachent des sentiments qui ne peuvent être que grands. Les oeuvres d'Orozco oscilleront toujours entre ces deux tendances. Il y ajoutera ses propres convictions.

« Orozco n'a pas posé de limites à sa férocité satirique,
fustigeant de manière grotesque l'ingénuité des peuples
et la démagogie des gouvernants.
Même quand il célèbre les pères de l'Indépendance,
il ne renonce pas à cet anarchisme amer qu'il exprimait
de son vivant par le silence et la solitude. »

Pino Cacucci

Dessin de Orozco - 1925
Couverture de l'ABC (1925)

Il expose pour la première fois à Mexico en 1916. Libéré des études, il voyage aux États-Unis. Mais, de retour au Mexique, il est profondément choqué par l'assassinat de Zapata, le leader de la lutte paysanne (1919), et s'engage, prudemment, du côté des révolutionnaires. Il montre déjà avec un style brutal toute la misère et l'absurdité de la condition humaine (« La Maison des Larmes », 1919), dénonçant aussi les ravages de la guerre au Mexique et en europe ( « Criminels de Guerre »). Sa peinture est militante, comme celle d'autres artistes mexicains comme Diego Rivera et David Alfaro Siqueiros qu'il fréquente. En 1920, il est choisit par le gouvernement Fédéral pour réaliser les peintures murales de l'école Nationale Préparatoire. Il se joint alors naturellement aux artistes muralistes, dont Diego Rivera et Siqueiros sont les initiateurs. Il sont les enfants turbulents de la Révolution de 1910, mais le lutte n'est pas terminée. Il faut ouvrir le grand chantier de la « Rénovation Nationale ». Gens de gauche, athées et libéraux s'opposent aux conservateurs soutenus par l'église et les masses populaires qu'elle peut mobiliser. Les militaires ne sont bien évidemment pas épargnés. Il réalise alors des fresques murales monumentales, ironiques, graves et typiques, des œuvres fortes et inquiétantes qui doivent frapper les esprits et servir à la rénovation sociale du pays en exaltant les forces vives qui se trouvent en tout citoyen.

« Estado mayor de bufones » - « L'état-major des bouffons » (1946)
« Estado mayor de bufones » - « L'état-major des bouffons » (1946)

En 1923, il adhère au mouvement muraliste dirigé par le Syndicat des Peintres et des Sculpteurs qui ont lancés leur « Manifeste » l'année précédente. Cependant, son style et ses thèmes se rapprochent plus du mordant de José Guadalupe Posada que du « romantisme » de Diego Rivera : il ne s'embarrasse pas de précautions et sa peinture se révèle parfois « brutale » (La « Trinité », École Nationale Préparatoire de Mexico, 1923).Comme Rivera qui avait été impressionné par les fresques de Giotto, Orozco puisera son inspiration dans les peintures et les tapisseries médiévales qui abondent dans les églises européennes qu'il a visité, s'intéressant surtout à la manière dont elles s'intégrer dans les édifices et donc aux éclairage qui les mettent en valeur.

« La Soumission » - Fresque murale - Ecole préparatoire de Mexico (1922-27)
« La Soumission » - École Nationale Préparatoire (1922-27)
« J'aime les noirs et les marrons du répertoire impressionniste.
Au lieu de peindre des crépuscules rouge et jaune,
je préfère les ombres pestilentielles des endroits clos. »

On retrouve peu à peu, sous son apparente modernité, les influences baroques et maniéristes qui restent pour lui le fond de l'art mexicain : réalisant cette synthèse, il exprime sa « mexicanité ». Sa renommée dépasse les frontières du Mexique. Il expose à Paris en 1925 où il obtient une certaine renommée. Puis, il se rend aux Etats-Unis pour exécuter sa première commande importantes dont les fresques murales pour le Pomona College en Californie en 1930.Le choix d'Orozco par les membres de la commission du Pomona College se révèle audacieux, et pour le moins courageux, car le style manichéen et dramatique de la fresque de Orozco est une véritable mini-révolution dans le monde réputé très strict de l'administration américaine. Les bâtiments publics parce qu'ils reçoivent du public se doivent d'être beau, décorés et agréables, bresf, consensuels. Orozco, lui, ne peint pas pour le pur plaisir esthétique. Le « Prométhée » choque les habitudes mais la fresque est bien acceptée et par les critiques et par les usagers. C'était un pari pour Orozco qui jouait là sa réputation : ce fut un pari gagné. On applaudit même car l'intégration de la fresque dans les couloirs du College est parfaite. Comme le dira plus tard l'architecte David scott :

« A mon sens, c'est la première grande fresque « moderne » des Etats-Unis.
Elle met en avant l'expression personnelle ce qui est totalement nouveau en peinture.
Les conventions en vigueur privilégiaient les peintures murales plates et jolies, agréables à l'oeil, décoratives,
et surtout impersonnelles. En fait, dans le « Prométhée », l'expressionnisme atteint son plus haut degré »
"Prométhée" - Pomona College, USA (1930)
« Prométhée » - Pomona College, USA (1930)

Ce succès se confirme. Il réalise d'autres fresques murales pour la New School for Social Reseach (New-York, 1931), la Baker Library, et de nouveau le Dartmouth College où il réalise les murales de la bibliothèque (Hanover, New Hampshire, 1932-34). Ils reste aux USA jusqu'en 1934 avant de revenir au Mexique où il est devenu une célèbrité : le gouvernement lui confie la direction de la commission des commandes publiques qui supervise le choix et la réalisation des oeuvres murales qui fleurissent partout dans les bâtiment administratifs et publics du pays. « Catharsis » (1934) est l'une des œuvres les plus connues et des plus poignantes d'Orozco se trouve au Palais de beaux-arts de Mexico et ce qu'elle exprime de manière brutale sa haine face à la cruauté et la corruption de la société moderne. Ici, il met l'accent sur l'individu face à une société qui l'écrase et le tue, mais son objectf et de bien montrer qu'à travers toutes les destructions qui traversent le monde moderne - guerres, oppression politique et économique - on garde l'espoir de la possibilité qu'un monde meilleur...

« Catharsis » - Palais des beaux-arts de Mexico - 1934
« Catharsis » - (1934)
Palais des beaux-arts de Mexico
Orozco... en cours de création
« Les gens se sont habitués à tuer, à l'égoïsme le plus impitoyable, à l'engorgement de la sensibilité, à la bestialité nue...
Dans le monde de la politique, il en va de même, la guerre sans pitié, la lutte pour le pouvoir et la richesse...
Sous tout cela, les intrigues souterraines qui naissent entre les amis d'aujourd'hui et les ennemis de demain
et qui conduisent, le moment venu, à l'extermination mutuelle. »

Dans son autobiographie...

Il peint souvent aussi des corps, sans tête, et donc sans expression : « Torse Masculin » (1943), « Peau en Bleu » (1947). Dans beaucoup de ses toiles, c'est, plus que le corps, la peau en elle-même qui l'intéresse. Il sait que cette peau est le noeud de la sensibilité et donc de l'art. Il tente pour ainsi dire de la « mettre à nue ». Ses peintures et ses thèmes se radicalisent et il n'hésite pas à prendre la mort, thème récurrent de l'art mexicain et fort à propos en cette periode de guerre mondiale ( « Mort », 1943). Reprenant aussi le mythe du Xipe Totec, ce prêtre de la culture précolombienne qui avait l'habitude de prélever la peau des suppliciés écorchés (souvent vivants d'ailleurs !) pour la revêtir comme un habit cérémoniel. En fait, pour ces précolombiens et notamment les Aztèques, la notion de corps n'est pas clairement définie, il n'est pas une simple matière brute, une enveloppe, il peut révéler une nature spirituelle, symbolique, magique même, car pour eux le monde et ses apparences sont profondément illusoires, et tout est en permancence à redécouvrir. C'est aussi pour cela que la mort n'est pas crainte ni exorcisée, elle reste finalement tout aussi mystérieuse que la vie. En revêtant cette peau, le Xipe Totec fait plus que changer d'apparence, il devient un autre individu que les dieux reconnaissent comme tel. Ainsi, il acquiert une nouvelle pureté qui seule permet d'accéder au monde des dieux. On retrouve ce thème chez Orozco, de manière presque obsédante...

« Peau Bleue » - José Clemente Orozco - 1947
« Peau Bleue » - (1947)

Puis, c'est la consécration au Mexique même où il accepte de nombreuses commandes officielles dont certaines à Guadalajara, sa ville fétiche : l'Université, le Palais du Gouvernement du Jalisco (dont le « Hidalgo » - détail - en 1937), l'Hôpital Cabañas(1936-39), ainsi que la chapelle du Parc de Chapultepec à Mexico, 1947, et des fresques dans le Musée des Beaux-Arts où l'on peut voir le fameux et terrible « Catharsis ». Il réalisera aussi par la suite des dessins et des lithographies qui n'auront plus rien de figuratifs, laissant libre cours à sa puissante énergie intérieure. Il meurt à Mexico le 7 septembre 1949. Face à tant de fresques grandioses, ses peintures de chevalet sont elles aussi d'une beauté incomparable, suffisante en tout cas pour considérer Orozco comme l'un des plus grands artistes du XXe siècle.

« Notre image actuelle » - José Clemente Orozco - 1947
« Notre image actuelle » - (1947)
Des œuevres de José Clemente Orozco - Capture d'écran d'une recherche Google Images

En savoir plus sur Orozco

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9_Clemente_Orozco

www.biografiasyvidas.com/biografia/o/orozco.htm (es.)

www.vanityfair.mx/people/articulos/7-murales-imprescindibles-de-jose-clemente-orozco

Orozco, l'Homme de Feu...

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