Artistes mexicains

David Alfaro Siqueiros

David Alfaro Siqueiros

Chihuahua, 1896 - Mexico, 1974

La signature de Siqueiros

« Sous la main ferme des peintres, l'homme sans culture reprends espoir. »

David Alfaro Siqueiros naît à Chihuahua (nord du Mexique) en 1896. Il a 13 ans quand ses parents partent s'installer à México. Comme Orozco, il est étudiant à l'école des Beaux-arts de Mexico, anciennement Académie « San Carlos », ainsi qu'à l'école de Peinture Santa Anita. Comme beaucoup d'autres jeunes, c'est un idéaliste qui ne supporte plus la dictature étouffante de Porfirio Díaz. En 1914, il décide de s'engager aux côtés des révolutionnaires. A 20 ans, il est sous-lieutenant de l'Armée Constitutionnaliste. Il reste quatre ans et devient gradé. Cette expérience guerrière le marquera profondément et influencera son œuvre. Comme il le dira lui-même : « Sans cette participation à la Révolution, il n'aurait pas été possible plus tard de concevoir et de réaliser le mouvement pictural moderne mexicain ». Oui, de cette révolution politique naîtra une révolution artistique qui se concrétisera dans les fresques de Siqueiros mais aussi dans celles de Rivera, d'Orozco, d'O'Gorman... En 1919, il part en Europe. Il visite Paris où il peut y rencontrer Diego Rivera qui s'y trouve déjà depuis quelques années. Cette amitié lui permet de rencontrer les cercles artistiques alors en pleine ébullition à Paris. Il aiguise aussi sa conscience politique et sociale au contact des théoriciens et des activistes de tous bords. En septembre 1922, on le retrouve à Barcelone, où il publie un « Manifeste pour un Art Révolutionnaire Mexicain ». Le ton est donné...

« Les soldats de Zapata » par Siqueiros...

« Les soldats de Zapata »

Il retourne au Mexique fin 1922. Le “Mouvement Muraliste” naît sous la houlette du “Syndicat des Peintres, Sculpteurs et Graveurs Révolutionnaires” de Mexico. A travers des fresques aux thèmes dramatiques puisés dans la vulgate révolutionnaire, les peintres muralistes visent à faire un art populaire, grandiose et pédagogique, voire propagandiste. Il faut comme on dit « exalter les forces vives du pays », car le Révolution est toujours en marche. Il reprend la technique, chère aux précolombiens, faite à la détrempe et à la cire. Tout de suite, son style est remarqué. Ses premières œuvres, à l'école Nationale Préparatoire, en 1922 nous montre un Siqueiros militant, prônant une peinture qui doit impressionner plus que plaire (« L'enterrement d'un ouvrier », 1924). Mais il n'abandonnera jamais les autres formes de peintures comme l'aquarelle, la lithographie, et le chevalet... On retrouve aussi le cubisme, qu'il a pu étudier de près à Paris, très expressif comme dans « Mère paysanne » (1929). En 1924, il lance avec Javier Guerrero et Diego Rivera une revue mi-politique mi-artistique, « El machete », où il peut enfin propager ses idées révolutionnaires, but essentiel de sa vie agitée. Il se rend à Moscou, en 1927, puis à Uruguay et en Argentine, avant de retourner au Mexique où il est jeté en prison...

 

Femme dans la Prison - Peinture de Siqueiros (1967)

« Femme dans la Prison » (1967)

En 1932, il inaugure sa première exposition importante au Casino Espagnol de Mexico où il présente, entre autres, « La Mère Campagnarde », son « Zapata » et une lithographie de Moïse Sáenz. Mais, politiquement trahis et jugé incontrôlable et dangereux par le gouvernement, il est obligé de prendre le chemin de l'exil : il s'installe aux Etats-Unis, à Los Angeles (1932-34), où il peint l'« Amérique Tropicale » au Plaza Art Center. Il peaufine son trait et ses cadrages : c'est le mouvement qui l'intéresse. Puis il voyage encore, surtout en Amérique du Sud : Venezuela, Argentine... Il expérimente la« pyroxiline », une nouvelle peinture d'aspect brillant permettant de rehaussés les tons colorés : ces œuvres y gagnent en relief et en puissance (« Explosion dans la ville », 1935). Cette « pyroxiline », véritablement révolutionnaire, sera adoptée par d'autres peintres comme Orozco. Dès 1933, le Musée d'Art Moderne de New-York reconnaît en lui un maître et font l'acquisition de nombreuses toiles dont « Victime Prolétarienne » et, en 1937, « Echo d'un Cri », peinture brutale qui choquera à l'époque mais qui est reconnue aujourd'hui comme une œuvre majeure. En 1935, il retourne à New-York fonder un atelier expérimental : la sombre époque qui s'annonce du point de vue politique ne peut que le stimuler. En 1936, il se rallie aux Républicains espagnols qui luttent vainement contre le franquisme. On aura rarement vu un artiste s'engager autant auprès des combattants pour la démocratie.

 

“L'énorme Colonel” - 1945 - Autoportrait de Siqueiros...

« L'énorme Colonel » - Autoportrait (1945)
et la photo qui a servi de modèle...

De retour au Mexique en 1939, il peint le « Portrait de la bourgeoisie » pour la Maison des syndicats de Mexico, au style vengeur qui trahie sa profonde révolte. L'œuvre est d'un réalisme brutal qui heurte même certains de ses commanditaires. Il conservera ce style par la suite : la« Nouvelle démocratie » (Palais des Beaux-arts de Mexico, 1945),« Du porfirisme à la Révolution » (Musée National du Parc de Chapultepec, 1959-66). Il aura peint aussi des paysage, à la « pyroxiline », et des portraits ( « Tête de Vieille » , 1968) souvent abstraits mais aussi plus poétiques. Il révèle là une part de son intimité et met en avant les questions existentielles qui le taraudent : « Notre Image Actuelle » (Musée de San Carlos, 1947), « Les Voyageurs »(1947)...

 

"Notre Image Actuelle" - (1947)

« Notre Image Actuelle » (1947)

 

« No hay más ruta que la nuestra »

« Il n'y a pas d'autre chemin que le nôtre »

 

Du porfirisme à la Révolution - Peinture de Siqueiros

“Du porfirisme à la Révolution" (non daté) - 1945 - Musée nationale d'histoire de Mexico Voir la licence Creative Commons de ce document

Siqueiros peint aussi beaucoup de fresques murales. Peintures de luttes manichéennes, de combats, souvent brutales, montrant la souffrance et même la mort, thèmes souvent récurrents dans l'art mexicain. Il reprend la technique, chère aux précolombiens, faite à la détrempe et à la cire. Tout de suite, son style est remarqué. En 1922, il réalise la fresque de l'amphithéâtre « Bolivar » de l'Ecole Nationale Préparatoire de Mexico, puis l'école d'Agriculture de Chapingo, puis des ministères : Santé, éducation et finalement le Palais National de Mexico en collaboration avec Diego Rivera (“Histoire du Mexique : de la Conquête à 1930”, 1929-35 et jusqu'en 1945).

 

La nouvelle Démocratie - Peinture de Siqueiros, 1945

“La Nouvelle Démocratie" - 1945 - Palais des Beaux-Arts de Mexico Voir la licence Creative Commons de ce document

En 1962, après un procès retentissant, la justice mexicaine condamne David Alfaro Siqueiros à une peine de huit ans de prison... On l'accuse d'avoir organisé des manifestations étudiantes qui dégénérèrent en émeutes en 1960, semant la pagaille dans la capitale pendant plusieurs jours. Evidemment la peine est excessive et c'est un tollé dans le pays où il est toujours considéré par beaucoup comme un héros national. A 64 ans, c'est un véritable drame pour Siqueiros dont la santé est précaire. Deux ans plus tard, le gouvernement le remet en liberté mais le mal est fait. Il réalise des peintures évoquant cette sinistre expérience des prison mexicaines (« Femme dans la Prison », 1967). Il réalise alors une fresque monumentale pour un hôtel du Parque de Lama, « La Marche de l'Humanité », mais aussi des choses plus anodines.

 

 

"Notre Image Actuelle" - Autoportrait de Siqueiros...

« Jesusito sera un Saint » (1968)

Le Polyforum Culturel - Mexico

Le Polyforum Culturel - Mexico

Il existe à Mexico, un Musée David Alfaro Siqueiros qui regroupe une bonne part de son œuvre et des souvenirs de son existence. En 1972, et sur son initiative, est inauguré à Mexico le gigantesque et très étonnant « Polyforum Culturel ». C'est un complexe dédié à l'expression culturelle nationale sous toutes ces formes : Musique, Théâtres, Salles d'exposition... Siqueiros (et ses élèves) réalise là leur plus grand projet, qui se révèlera être un demi-succès, mais qui pourra aussi être considéré comme « le dernier avatar du muralisme mexicain ».

Photographie de Siqueiros

Siqueiros (en salopette noire), John Cornwell (à sa gauche)
et d'autres « muralistes » devant la fresque « Amérique Tropicale »

 

Autoportrait de Siqueiros (1961)

Autoportrait de Siqueiros...

 

Des reproductions des œuvres de Siqueiros : www.artnet.fr/artistes/david-alfaro-siqueiros (fr.)

Pour en savoir plus sur Siqueiros : www.e-flux.com/projects/siqueiros (en.)

Des photos de ses oeuvre sur Wiki Commons : https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:David_Alfaro_Siqueiros

Pour en savoir plus sur l'art du Mexique : “Les Peintures Murales du Mexique”

Voir l'Exposition de l'Eté 2000 où était représenté Siqueiros : “Soleils Mexicains...”