LA MORT
« La mort vous intéresse-t-elle, Comte ?
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« L'indifférence du Mexicain devant la mort se nourrit de son indifférence devant la vie. » Octavio Paz
Calavera « Don Quichotte » de José Guadalupe Posada « Esta es de Don Quijote, la primera, la sin par, la gigante
calavera »
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Il faut bien comprendre l'importance de la place de la mort pour le Mexicain. C'est un fait culturel qui vient de très loin puisque l'on sait que les civilisations précolombiennes ont toutes eu un culte des morts très puissant. On se souvient que les aztèques ont poussé à son paroxysme les rituels de sacrifices humains et d'automutilation. La mort et les morts côtoyaient les vivants. Il en est toujours de même aujourd'hui. La mort ? Philippe Ariès résume bien l'esprit qui entoure ce problème dans la culture mexicaine : il y a « un sentiment très ancien et très durable, et très massif, de familiarité avec la mort, sans peur ni désespoir, à mi-chemin entre résignation passive et la confiance mystique... La mort est reconnaissance par chacun du destin où sa propre personnalité, certes n'est pas anéantie, mais endormie. Cette croyance n'oppose pas tant la vie et la survie... Les morts ont autant de présence que les vivants et les vivants aussi peu de personnalité que les morts... Cette attitude devant la mort exprime l'abandon au Destin et l'indifférence aux formes trop particulières et diverses de l'individualité ". La mort pour le Mexicain est le miroir de la vie. Devant l'une comme devant l'autre, il se renferme, il les ignore et s'en moque. Drôle de Mexicains : « Así es la vida... » (C'est la vie...). C'est un état d'esprit hérité des Indiens : |
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« Nous ne sommes que venus dormir, Nous ne sommes que venus rêver
! « La vie est un songe » - Poème aztèque
« Il vaut mieux que l'indien demande au ciel Chanson populaire
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Il existe une « Fête des Morts », le 2 novembre, qui n'est pas, comme chez nous pour la Toussaint, une triste journée vouée au recueillement et au souvenir de nos disparus. Au Mexique, ce « Días de los Muertos » est une journée de joie où l'on va au cimetière en famille pour déposer des fleurs sur les tombes des défunts. Pour les fleurs, on privilégie les soucis jaunes ou oranges qui, depuis les Aztèques, sont considérées comme les fleurs favorites des morts. Les tombes sont nettoyées et décorées. Le cimetière devient un véritable parc floral où chacun rivalise de talent pour réaliser la plus belle décoration. On dépose aussi de la nourriture et des boissons. On allume des bougies. On y ajoute des drapeaux ou un portrait du défunt. On n'hésite pas à poser sur les tombes des crânes en céramique ou en bois. Il arrive qu'il s'agisse de véritables crânes humains... Entre amis, on s'échange des têtes de morts en sucre, les « calaveras », que l'on dévore avidement en rigolant. On y retrouve la famille, on en profite pour pique-niquer sur place et une rumeur de fête finit par emplir le cimetière. S'il ne fait pas froid pendant la nuit, on reste là et on discute, on boit un coup, parfois trop... C'est aussi l'endroit où l'on règle ses comptes. Dans les rues, le soir, les hommes portent des masques, plutôt morbides, harcèlent les jeunes filles, font exploser des pétards, brûlent des pantins représentant le diable, boivent jusqu'à plus soif... |
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Le Masque de « Luzbel » ![]() |
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On voit là une résurgence persistante des anciens rites païens qui ici n'ont jamais totalement disparu. Ce rapport à la mort s'est encore accentué avec la diffusion de la religion chrétienne dans la population. Les nombreuses fêtes religieuses sont toujours l'occasion de montrer sa dévotion, de se faire souffrance car la religion chrétienne est ici vécue comme une religion de la souffrance et du repentir : il n'est pas rare de voir des hommes se flageller en public, refaire le chemin de croix dans les pires conditions, traverser des distances immenses pour un pèlerinage qu'il effectue en rampant et en priant... Cette douleur que l'on s'inflige à soi-même n'est qu'une manière de défier la mort. Une fois l'an d'ailleurs, à la Toussaint, les morts rendent visite aux vivants. On comprend que les Mexicains n'ont pas peur de la mort car elle fait partie de la vie, qu'elle est toujours présente dans son esprit. D'ailleurs, on le voit dans leurs comportements. Il l'aime, la nargue et la défie... par fierté, par dérision. Mais c'est toujours elle qui gagne à la fin. Le mexicain est un homme qui aime les combats perdus d'avance. Comme le dit le dicton : |
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« Si on doit me tuer, qu'on me tue une bonne fois pour toutes ! »
« Le Jour des Morts » - Peinture de Diego Rivera (1923) Le culte de la « La Sainte Mort... » (La Santa Muerte)« Défier la mort oui, mais encore faut-il commencer par l'aimer ! » |
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On sait que les Mexicains ont un sentiment religieux très profond et souvent quasi-mystique, il suffit de visiter les églises du pays pour s'en rendre compte. Mais, au-delà de ce fait, on a vu apparaître ces dernières années un culte exacerbé et finalement totalement irrationnel de la mort à travers le culte de « La Sainte Mort... » - La Santa Muerte. Début 2011, les adeptes de ce nouveau courant religieux, les adorateurs de la Sainte Mort, font la une des actualités et commence sérieusement à troubler l'opinion public : pour le dire simplement, tout cela commence à faire désordre pour les autorités locales et fédérales et surtout pour l'Eglise catholique qui n'hésite plus à traiter cette secte de sataniste ! Connus pour brandir avec exagération lors des processions des squelettes - calaveras - revêtus d’une capuche et portant une faux (!) et autres signes morbides plus ou moins douteux (mais c'est un aspect déjà très présent dans la culture mexicaine) et de se présenter comme des marginaux et des provocateurs, ils ont vite séduits les petits voyous, les prisonniers, les borderlines et autres personnes peu recommandables ou mentalement faibles pour finir carrément comme le culte majoritaire chez les narco-trafiquants ! Aujourd'hui, on peut voir leur autels dans toutes les grandes villes et, à México même, on en a dénombré plus de 1500 ! Tepito, le quartier rebelle de la capitale reste son plus beau jardin... Les choses se sont accélérées depuis l'arrestation le 4 janvier de son leader David Romo qui avait eu la bonne idée de s'auto-consacrer « évêque » de ce mouvement au caractère éminemment subversif et très prosélyte. Déjà assez puissant en 2005 pour demander son inscription officielle au registre des associations religieuse, et obtenir des subventions et avantage fiscaux, sa déjà sulfureuse réputation avait amené le gouvernement à lui signifier un refus. Mais le nombre d'adeptes de cette secte, qui se nomme elle-même Eglise traditionnelle catholique Mexique-Etats-Unis , augmente de jour en jour malgré la répulsion qu'elle inspire à la majorité des croyants du pays... Grisé par son succès, Romo, en mars 2010, avec 200 de ses disciples, avait été jusqu'à défier le gouvernement directement sur le Zócalo de Mexico en clamant "la guerre sainte contre les autorités" et, dans la foulée excommuniant l'archevêque de México puis le Pape lui-même !! Mal lui en a pris, car, au Mexique, on ne plaisante pas sur ces sujets-là... Affaire à suivre donc.
Une représentation assez explicite de « La Sainte Mort... »
« Adorer la mort nous invite au renoncement et à
la réflexion, « Monseigneur » David Romo
Il reste cependant certain que ce culte de la Mort, si fort et si présent au Mexique trouve son origine dans le souvenir de Mictecacihuatl qui, dans la mythologie aztèque, se présente comme la reine de l'inframonde, le Mictlan. Cette « Dame de la mort », épouse du seigneur de la mort, Mictlantecuhtli, veillait sur les sépultures et les os des morts... D'un autre côté, elle présidait aussi les festivités dédiées aux morts : son culte est probablement à l'origine de la tradition mexicaine de la Santa Muerte ainsi que de la figure emblématique de la fête des morts mexicaine, la Catrina. |
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Pour en savoir plus : http://veneno.com/2005/v-101/vann-101.html (Esp.) Sur la Sainte Mort : http://fr.wikipedia.org/wiki/Santa_Muerte http://en.wikipedia.org/wiki/Santa_Muerte (Us.) http://www.monmexique.com/santa-muerte.htm
et pour ceux qui aiment les calaveras : www.hawaii.edu/artgallery/exhibitions/2001/posada/Calaveras (us.)
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