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LES CHICHIMÈQUES
"Le premier peuple..."
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Il n'y a jamais eu d'empire assez vaste pour couvrir et dominer entièrement
le Mexique, avant les Espagnols. De nombreux autres peuples vivaient et
se déplaçaient à travers l'immense territoire. Il
faut savoir que les grands empires ont surtout peuplé les grands
plateaux du centre, les côtes étant souvent peuplées
de moustiques dangereux pourvoyeurs de maladies et donc désertées
par les populations. C'est aussi pour cela que les invasions de peuples
belliqueux, si souvent relatées dans les chroniques de toutes les
grandes civilisations du Mexique, partaient du nord et passaient par la
région centrale de Mexico pour se répandre soit à
l'ouest chez les Zapotèques, ou vers l'est en direction des territoires
totonaques et mayas. On se pose toujours beaucoup de questions pour avoir
qui était le peuple fondateur qui donna naissance à des
cultures si riches et originales.
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Ce peuple "barbare" qui vivait, au début du millénaire
dans les zones semi-désertiques du nord du Mexique, nous
ont laissé peu de traces. Les codex et les récits
historiques sont peu nombreux et ils n'utilisaient probablement pas l'écriture.
Il faut voir en eux plusieurs tribus éparses, vagabondant au travers
des hauts plateaux du nord du pays. On sait que plusieurs vagues d'émigrations
ont eu lieu en direction du sud, et que cela était le fait de différentes
tribus déferlant par vagues, et qui n'étaient pas "unifiées"
par le pouvoir d'un seul chef. Ils sont à l'origine des Toltèques,
c'est certain, mais la plupart des autres chichimèques qui envahirent
le centre du pays, en vague successives entre l'an 500 et l'an 1000,
en dévastant tout sur leur passage se sont finalement fondus dans
la population autochtone et notamment autour de la vallée de Mexico.
De là vient sûrement l'originalité des peuples qui
prospérèrent là par la suite. Quant à leur
propre origine que l'on situe dans le nord, on n'en sait un peu plus depuis
que des fouilles ont été organisées sur le site de
"Casas Grandes" (près de la ville de Nuevo Casa Grandes,
dans l'état de Chihuahua). C'est un village de terre séchée,
en ruine, blotti contre une falaise, qui faisait jadis partie d'une grande
ville chichimèque. En fait, la partie du site la plus intéressante
est un abri sous roche composé de silos et de petites habitations.
On y a retrouvé des grains de maïs naturels primitifs, et
il semble que cette plante était aussi vénérée
par ces hommes que l'on avait longtemps cru nomades et sans agriculture.
Ce site, dans l'"Arroyo" de Guaynopa, est resté un lieu
magique, surtout qu'il est toujours difficile de le retrouver même
pour les guides mexicains. Malgré la taille gigantesque de cet
abri, avec un ouverture de 60 mètres de large sur 12 mètres
de haut, il reste très "discret" : "L'ouverture béante,...,
est restée invisible jusqu'au moment ou nous allions y entrer",
selon l'un des archéologue de l'expédition. Les maisons
sont petites et carrées avec des portes en forme de "T". Certaines
ont un étage. On y a retrouvé des tessons de poteries multicolores.
On a retrouvé des "metates", des meules avec lesquelles
on écrasait le maïs, objet si typique de l'histoire du Mexique.
L'un était encore intact... On sait aussi que des pillards sont
passés par là. Ils restent beaucoup de choses à découvrir
dans ces régions du nord que les archéologues avaient jusqu'à
récemment trop négligées.
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Toutes les légendes, aztèques et toltèques notamment,
parlent pourtant du nord comme le lieu de leur origines communes et quand
les légendes toltèques parlent d'un certain "Mixcoátl",
le fondateur de leur race, il ne fait plus de doute aujourd'hui qu'il
s'agissait d'un homme d'origine chichimèque (s'il a bien existé)
et que son fils Topiltzín (qui lui a véritable existé),
donnera naissance au mythe de Quetzalcoátl qui lui aussi aura tant
d'importance par la suite. Ce site des "casas Grandes", est un
des rares vestiges de la civilisation Chichimèque, ce nom qui signifiait
"Fils de chiens" dans la langue aztèque (et sans que cela
soit péjoratif). Des primitifs qui ne laissèrent pas de
traces dans l'histoire ni dans les légendes malgré leur
profonde influence sur leur successeurs. Combien étaient-ils ?
Quelques centaines ? Des guerriers, des bannis, des vaincus ? Des barbares
pour les peuples qu'ils rencontrèrent sur leur route. Pourtant,
le vestiges du site de "casas Grandes" montre un village d'une
grande "modernité" pour de soit-disant "barbares".
De grandes places, des conduites d'eau souterraines, un système
ingénieux de climatisation pour rafraîchir les maisons...
Une vie sociale et politique. Pas de trace d'art religieux monumental.
On pense que la ville fut bâtie rapidement, vers l'an 1060, et qu'elle
prospéra dans ces terre déjà arides du nord pendant
près de 300 ans (mais quel était véritablement le
climat en l'an 1000 ?). On peut penser que ce peuple avait une vie semblable
à celle des Tarahumaras, qui eux vivent toujours dans la région.
Des hommes libres et même pacifiques... En 1340, la ville, comme
beaucoup d'autres villes d'importances de cette époque, fut pillée
et dévastée. Par un autre peuple plus barbare ? on a découvert
que les habitants furent massacrés dans les rues, démembrés
et précipités dans les puits du village, ce qui pollua
définitivement l'eau qui alimentait la ville. Plus tard, les abris
sous roche que fréquentaient leurs ancêtres furent redécouverts
et réutilisés par des tribus pastorales d'origine chichimèques,
mais le temps réduisit à néant leur propre existence
au fur et à mesure que la région devenait vraiment trop
aride.
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En dehors du site de "casas Grande", les archéologues
n'ont pas retrouvé ailleurs de vestiges importants de l'histoire
des Chichimèques. Seuls leur nom et leur réputation se sont
transmis jusqu'à nous. Toutes les cités du centre du Mexique
devront subir leurs invasions : de Teotihuacán vers 750 à
Tula en 1156, bien peu s'en relèveront... Les chroniques les décrivent
comme à demi-sauvages, attaquant et ravageant les territoires qu'ils
traversaient en poussant des cris de bêtes, le corps peint de couleurs
vives, armés d'armes rudimentaires... Venant toujours du nord,
ils ne cesserons de déferler pendant plusieurs siècles sur
le centre de pays laissant d'eux une réputation exécrable,
même si l'on sait aujourd'hui que ses descriptions, transmises par
le souvenirs de leurs victimes, étaient exagérées.
Invasions rapides et brutales, mais qui n'aboutiront jamais à l'érection
du moindre empire, d'une moindre affirmation de leur conquête. Ils
disparaîtront des mémoires aussi rapidement qu'ils étaient
apparus. Pourtant, ils sont aussi à l'origine des nombreuses cités
où ils s'installèrent, se mélangeant finalement avec
la population locale au point que bien vite ils finiront par combattre
contre les tribus chichimèques de même origine qu'eux et
qui viendront lors des invasions ultérieures. Seuls quelques récits
peuvent nous en dire plus sur leur véritable visage.
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Le "Codex Xolotl" |
Le célèbre "Codex Xolotl", que l'on peut
voir à la Bibliothèque National à Paris, nous compte-t-il
l'histoire des descendants du roi Amacui Xololt, dynastie qui s'étendra
de l'année 1068 à 1427. Ce codex nous vient de Don Fernando
de Alva Ixtlilxochitl, un noble indigène qui recueilli les légendes
indiennes au XVIIème siècle. C'est le seul codex qui fasse
allusion à un haut personnage chichimèque : Amacui Xololt
y est le roi légendaire qui serait à l'origine d'un des
plus puissants royaumes de la vallée de mexico, les Mexicas, qui
verra à sa tête Nezahualcoyótl, le roi poète
et philosophe. Ce récit nous révèle aussi l'origine
de l'introduction de l'écriture nahuátl, qui sera reprise
par les aztèques et que l'on parle toujours au Mexique aujourd'hui.
Bien que le texte de la planche IV de codex précise (selon l'interprétation
qu'en fait lui-même Alva Ixtlilxochitl) que cette écriture
fut apportée par un certain Coatlitepán vers l'an 4 Acátl,
soit en 1275 pour notre calendrier, et qu'il soit venu d'une région
où vivaient les Mixtèques, il semble bien que le nom même
de Amacui Xololt soit d'origine chichimèque. Ainsi, serait-il un
chef qui aurait bâtit un véritable royaume, même s'il
ne se nommait plus lui-même par la suite "chichimèque".
Le père Bernadino de Sahagun, chroniqueur espagnol de la Conquête,
nous parle aussi d'eux. Il distingue plusieurs Chichimèques : les
plus sauvages sont les "Teochichimèques", les
plus authentiques au sens de "primitifs", habillés
de peaux de bêtes, vivant de racines, de fruits, et de petits animaux
dont le lapin. Pas de prêtres, pas d'idoles, pas de monument religieux...Des
hommes du néolithiques auxquels on donne aujourd'hui le nom de
"Culture du Désert" et qui se rapprochaient beaucoup
des Indiens de l'Amérique du nord. Mais, il cite aussi les "Tamimes",
qui sont des chichimèque qui ont su établir des contacts
avec leurs voisins du sud et avec qui ils ont échangé des
coutumes et des habitudes. Ils pratiqueront un peu l'agriculture et "ils
se vêtaient des haillons mis au rebut par les plus civilisés
" (Michael D.Coe). on sait aujourd'hui que les grandes invasions
qui caractérisent leur histoire sont des conséquences des
changement climatiques et des graves sécheresses qui s'abattaient
parfois dans le nord, forçant ses habitants à l'exode. On
sait aussi que le mouvement inverse a aussi existé et que des groupes
de paysans du sud montaient parfois dans ces terres qui vivaient aussi
des périodes favorables et que les gens qu'ils rencontraient semblaient
bien pacifiques : preuve que ces Chichimèques n'étaient
pas si sauvages que le dit la légende.
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